mardi 15 janvier 2019

Prévision 2019: Ding Ding Ding! Appel de marge pour les États-Unis d’Amérique

Article original de James Howard Kunstler, publié le 31 décembre 2018 sur le site kunstler.com
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr





Bienvenue dans la galerie américaine des glaces… et attention au verre cassé jonchant le sol. C’est la façon dont la nature dit que le pays a fini de manger son pain blanc. 2018 a été l’année de la consolidation de la mauvaise foi dans tout ce que nous faisons : la politique, les médias, l’économie et la finance, le show-biz, les affaires courantes, la jurisprudence, la médecine, l’éducation et les relations entre hommes et femmes – l’année de la malhonnêteté et de la tromperie. Bien sûr, le problème avec la malhonnêteté, c’est qu’elle ne correspond pas à la réalité, et la réalité étant le mari de Mère Nature, on devrait assister à un grand nettoyage par le vide. À l’aube de 2019, les besaces sont remplies d’illusions, de fausses directions et de turpitudes. J’irai droit au but sans plus de tergiversations.



Trumpologie


L’attention de la nation reste concentrée sur le caractère mercurial de la Maison-Blanche. Si vous souscrivez aux théories de Strauss et Howe dans Le quatrième tournant, vous verrez peut-être le président Donald J. Trump jouer le rôle archétype qu’ils appellent « Le champion gris », une figure aînée de la génération des « Baby-Boomers transcendantaux » envoyée par le destin pour sauver une société en difficulté à un moment grave dans l’histoire. Oui, je sais : on aurait mieux fait d’appeler S.O.S. Fantômes. Un précepte cardinal de ce blog est que le destin est un escroc. Vous commandez un champion gris et le room service vous envoie un Golem d’or de la grandeur.

Pour le moins, Trump n’a pas réussi à charmer au moins la moitié du pays. Elle  est gênée par sa présence physique : sa démarche lente, comme celle d’un mammifère géant de l’Oligocène, ce ventre proéminent à moitié caché par les rabats de sa veste de costume et coupé en deux par une cravate étrangement allongée, le sourire douloureux qu’il met sur les « photos volées » ; et cette étrange confection de cheveux sculptés, comme le sucre filé d’une Croquembouche ou le pouf d’une horrible figurine en plastique sur le tableau de bord. Sa façon de parler, les répétitions palindromiques bizarres, l’art enfantin de ses expressions décontractées, l’absence d’inclinaison au groupe de discussion de la Beltway [Washington DC, NdT], et bien sûr les tweets injurieux, qui font grimper ses adversaires aux arbres. Les objets en plastique doré dont il s’entoure sont aussi une offense pour eux. Pour ce que j’en sais, ils détestent aussi son eau de Cologne.

Ses adversaires disent qu’il « sape les institutions ». Par là, ils veulent peut-être dire le bien-aimé nid de vipère de Washington DC, arnaque institutionnalisée officielle divisée entre les élus, Wall Street, la matrice de la guerre et des services de renseignement, et l’infestation impie des avocats lobbyistes qui se faufilent dans le marais. Regardez ce qui s’est passé lorsque M. Trump a menacé de mettre fin aux opérations militaires américaines en Syrie : l’apoplexie parmi les néoconservateurs et les fauteurs de guerre – bien qu’aucun d’entre eux n’ait pu affirmer de façon cohérente quelle est notre stratégie (s’agit-il de renverser Assad pour que nous puissions avoir un autre État failli au Moyen-Orient). Tout ce que Trump propose en matière de politique est inadmissible parce que, selon la Résistance, M. Trump ne devrait pas être autorisé à proposer une politique, à l’ordonner ou à la diriger. Parce qu’il est… Trump !

Quoi que vous pensiez de son programme, M. Trump a commis l’erreur fatidique de se vanter de la bulle d’une économie qui est en train de s’effondrer, et il la dégonflera probablement plus efficacement que toutes les tentatives faites par Robert Mueller pour lui imputer un crime réel. Le Procureur spécial y a passé deux ans et n’a produit qu’une poignée de « crimes de procédure », principalement des crimes sous serment, élaborés par l’équipe juridique de M. Mueller et d’anciens amis du FBI et du DOJ après les faits. L’enquête Mueller a commencé avec un faux prétexte – la collusion avec la Russie  – et a donné lieu à de nombreux méfaits de la part des procureurs. Nous approchons du point culminant de tout cela en ce début de 2019. M. Mueller publiera son rapport avant mars. Il contiendra peut-être des surprises, mais le processus d’enquête implique tellement de personnes qu’il est difficile de croire qu’aucune allusion à des « bombes » n’a coulé dans les journaux et les journaux télévisés. Au contraire, M. Mueller ne dépeindra rien qu’avec la lumière la plus sombre possible pour la commodité d’un processus de destitution du locataire de la Maison Blanche, le Saint Graal de la Résistance, bien que l’exercice soit susceptible d’échouer s’il aboutit à un procès au Sénat.

Mais avant cela, il y a la question de M. Mueller lui-même. Je suis d’avis que M. Mueller a mené une opération colossale de couverture pour les nombreux méfaits documentés parmi le FBI et le DOJ dans la préparation de ce gâchis à partir du printemps 2016. Sa nomination était en premier lieu une erreur grossière, compte tenu de sa relation de mentor avec James Comey et de son association antérieure avec son superviseur présumé, le sous-procureur général Rod Rosenstein. Il est demeuré dans cette position bien qu’il ait été témoin dans des affaires en instance devant M. Mueller (et d’autres organismes de réglementation comme le procureur fédéral John Huber et l’inspecteur général Michael Horowitz du Ministère de la Justice), y compris le scandale du mandat de la FISA, l’affaire Uranium One et les actes tordus de Hillary Clinton et de sa Fondation.

Le mois de janvier débutera avec l’extravagance du Congrès que j’appellerai Investi-Gate, alors que les comités dirigés par les présidents démocrates Gerald Nadler (pouvoir judiciaire), Elijah Cummings (surveillance) et Adam Schiff (renseignements) s’acharnent sur le président et ses associés comme une armée de fourmis sur une horde de pécaris. Ils vont faire venir tous ceux qui peuvent nuire au président pour que la fête continue pour leurs amis dans les médias. L’attraction principale sera l’ancien avocat de Trump, Michael Cohen, bien qu’il apparaîtra comme un menteur condamné. Il pourrait même défier le comité en ne répondant pas à leur assignation avant de devoir se présenter à la prison fédérale en mars. Après tout, Rod Rosenstein a défié avec succès plus d’une convocation au congrès pendant des mois. Que feront les présidents des comités de la Chambre à Cohen ? – le menacer de prison ?

Le cirque Investi-Gate du comité de la Chambre est une chose certaine, mais n’oubliez pas que les membres des minorités peuvent aussi faire comparaître des témoins, et qu’il y a de la place pour un retour de flamme dans cette entreprise. Les républicains président toujours les comités sénatoriaux, et il peut y avoir du catch dans la boue entre les deux chambres. Sinon, attendez-vous à beaucoup de démagogie au détriment de l’attention portée aux affaires sérieuses de la nation. Huber et Horowitz publieront également des rapports au début de 2019. Une grande partie de l’inconduite criminelle récente dans l’orbite FBI/DOJ/Mueller se situe au sein de leurs commissions. De nombreuses preuves ont déjà été publiées concernant le complot visant à vaincre M. Trump par subterfuge lors des élections de 2016, et d’autres tentatives illégales de l’affaiblir dans les années suivantes. Certains des personnages de ce spectacle d’horreur ont déjà témoigné devant de grands jurys.

Le général Flynn a été envoyé à la niche par le juge Emmet Sullivan lors de son audience de détermination de sa peine en décembre dans le but de repenser son plaidoyer de culpabilité. L’idée est de le persuader d’aller en procès et de forcer M. Mueller à passer par un processus de divulgation (de preuves) qui pourrait facilement faire dérailler la cause de M. Mueller et avoir une mauvaise image du conseiller spécial, ce qui pourrait même lui causer des problèmes juridiques dans le cadre de poursuites abusives. L’affaire du général Flynn se réglera aussi d’une façon ou d’une autre en mars.
Enfin, M. Trump sera libre de déclassifier un grand nombre de documents sur toutes ces questions après la publication des rapports de M. Mueller. Sinon, le président pourrait être accusé d’obstruction à la justice. S’il y a quoi que ce soit de pertinent dans ces documents, cela pourrait changer tout l’arc dramatique de l’histoire qui a pris plus de deux ans à se développer. Il y a beaucoup de bavardages sur le Web au sujet de M. Trump invoquant la loi martiale ou déclarant une sorte d’urgence nationale, ainsi que des discussions vagues au sujet des tribunaux militaires et des « milliers d’actes d’accusation scellés », mais je ne suis pas convaincu qu’il y a une réalité à tout cela.

Une politique qui a peut-être de l’importance

Ce pays est confronté à de nombreux problèmes pratiques qui ne seront probablement pas résolus si le Congrès se préoccupe d’Investi-Gate, et selon la férocité de l’action sur les marchés baissiers, les devises et les banques, cela pourrait changer la situation dans son ensemble (plus bas).

La crise de la médecine est évidente. Quoi que vous puissiez dire d’ObamaCare, il n’en a pas fait assez et ce projet est maintenant paralysé par les décisions des tribunaux. Les soins de santé sont tout simplement inabordables pour une part croissante de la classe moyenne en déclin. Cela est dû en grande partie au racket, et je propose qu’il pourrait être atténué dans une certaine mesure si une loi simple était adoptée qui obligeait les médecins, les chirurgiens, les hôpitaux, les laboratoires et les autres acteurs à afficher publiquement les prix de leurs services – pour éliminer cette affaire ridicule des fournisseurs « négociant » le prix de chaque transaction en secret, selon des directives délibérément incompréhensibles. Il est peut-être trop tard pour « résoudre » le problème des soins de santé comme le souhaite une grande partie de la gauche : un système à payeur unique géré par le gouvernement.

Il est vrai que d’autres pays avancés ont exploité des systèmes à payeur unique avec un succès apparent pendant des décennies, et c’est toujours le cas, mais ils ont lancé ces programmes à une époque de croissance économique fiable fondée sur la production industrielle et cette époque est révolue pour des raisons principalement liées à la diminution de l’énergie bon marché. Le National Health Service en Grande-Bretagne est un désastre. Le système français fonctionne toujours, mais la fiscalité élevée nécessaire pour continuer à le financer est, ironiquement, l’un des principaux soucis des manifestants dits Gilets jaunes. Le dégonflement de la bulle financière soulignera un nouvel ordre d’austérité aux États-Unis et pourrait entraîner des problèmes plus graves au niveau de la valeur du dollar. D’une façon ou d’une autre, le congrès sera bloqué par la réforme des soins de santé en 2019.

Le résultat final sera la désintégration du système de soins de santé actuel et sa réorganisation éventuelle en médecine clinique locale à un niveau de complexité et de traitement beaucoup plus bas. C’était une énorme bévue que de regrouper des hôpitaux et des cabinets médicaux en conglomérats de taille gigantesque. La caractéristique de The Long Emergency est que tout ce qui est organisé à l’échelle gigantesque échouera d’une manière ou d’une autre. Ayez l’esprit clair autour de ce résultat et prenez soin de vous en attendant.

La gauche, en particulier, n’est pas encline à aborder la réforme de l’immigration. Tant qu’elle refuse mensongèrement de faire la moindre distinction entre immigration légale et illégale, rien ne peut être fait. La droite est également malhonnête et lâche à ce sujet, craignant de s’aliéner le bloc électoral hispanique en plein essor. Il y a encore plus de chances qu’une réforme de l’immigration soit possible parce qu’elle ne nécessite pas le genre de dépenses financières titanesques que génèrent les soins de santé – le mur de M. Trump mis à part. Il est plus probable, cependant, que l’impasse actuelle en matière d’immigration se poursuivra et pourrait provoquer une action d’autodéfense le long de la frontière en 2019 qui pourrait s’inscrire dans le cadre d’une violence civile accrue provoquée par des disparités économiques croissantes.

Les marchés et la monnaie

Le spectacle est vraiment prêt. Le grand mauvais marché baissier est déjà en marche, même s’il se redresse en janvier. La bulle de la dette créée par la Réserve fédérale est en train d’éclater et de secouer le système. L’instabilité épique des marchés de décembre 2018, qui fait suite aux hausses persistantes des taux d’intérêt de la Fed, met en lumière d’importants problèmes de crédit et surtout l’incapacité de convertir les anciennes dettes en nouveaux prêts à des taux d’intérêt plus élevés – en particulier les prêts aux entreprises zombie qui doivent emprunter pour continuer à payer les intérêts sur leurs prêts précédents (beaucoup de compagnies pétrolières travaillant dans le schiste). Le gouvernement américain ne peut pas non plus accepter des taux d’intérêt plus élevés. Il paie déjà environ autant d’intérêts annuels sur la dette américaine que nous payons pour notre machine de guerre. Il n’y a que deux issues, toutes les deux dangereuses. Soit aspirer les défauts de paiement de la dette, ce qui entraînera une disparition appauvrissante de la monnaie, soit provoquer une forte inflation, en injectant davantage de « monnaie » de la Banque centrale dans le système, ce qui peut détruire la valeur de la monnaie. L’inflation est généralement le choix des gouvernements parce qu’elle réduit la valeur nominale de la dette tout en leur permettant de prétendre qu’ils prennent des mesures. En fin de compte, vous pouvez avoir beaucoup d’argent sans valeur, ce qui n’est pas différent de ne pas avoir assez d’argent qui conserve de la valeur. Cette dernière était la principale caractéristique de la Grande Dépression.

Ainsi, l’inflation est le choix habituel, mais elle entraîne aussi généralement un ressentiment incendiaire parmi les citoyens lorsqu’ils se rendent compte qu’ils ont été roulé et qu’il faut une brouette pleine d’argent pour acheter une miche de pain et un pot de beurre d’arachide. Je suppose que le chef de la Fed, Jerome Powell, sait très bien qu’il a fait éclater la Mère de toutes les bulles. Il peut blâmer M. Trump. Tout le monde le fera, bien sûr. Au cours du deuxième trimestre de 2019, la Fed reprendra le stratagème « argent contre rien » de l’assouplissement quantitatif dans l’espoir d’arrêter les dégâts, mais cette fois le dollar perdra de la valeur de manière incontrôlable et catastrophique. Beaucoup de gens seront ruinés, surtout les retraités à la merci de caisses de retraite insolvables.

Avant la fin de 2019, les États-Unis pourraient se retrouver dans une situation pire que celle de la Grande Dépression. Les lignes d’approvisionnement sont beaucoup plus longues aujourd’hui qu’elles ne l’étaient à l’époque. Si les fournisseurs ne peuvent pas être payés parce que la confiance s’est effondrée dans le système de dette papier à court terme des entreprises, ils ne livreront pas les fournitures, ce qui signifie que vous ne pourrez pas manger, ni remplir votre réservoir d’essence, ni chauffer votre maison, ni obtenir tout autre chose dont vous avez besoin. De plus, les États-Unis en 1931 ne s’étaient pas encore transformés en ce fiasco à venir de l’étalement suburbain. Comment cela va-t-il se passer à Dallas pour les gens qui consacrent une part importante de leur revenu à l’automobile obligatoire (s’il y a peu ou pas de revenu) ? [Gilet Jaunes ? … Made in China … , NdT]
L’activité boursière pourrait sembler se stabiliser en janvier, mais elle ira vers le sud plus tard au cours du premier trimestre et le sentiment baissier se renforcera pour le reste de l’année.

Troubles civils

Soyez prêt en 2019. Il va y avoir beaucoup de gens en colère dans tout le pays. Ils sont susceptibles d’attaquer les biens fédéraux et leurs concitoyens (et leurs biens). Plus ils auront faim, pire ce sera. Ils ne comprendront pas les forces qui détruisent le système financier. Il y a des milliards d’armes légères et le gouvernement ne sera pas en mesure de les contrôler ou de les confisquer. Toute tentative en ce sens ne fera qu’aggraver la situation. L’un des principes majeurs de The Long Emergency est que le gouvernement devient de plus en plus impuissant et inefficace à mesure qu’il se déploie. Nous le constatons déjà à Washington, et ce n’est pas du tout parce que M. Trump a inspiré une telle impasse. Les États, eux aussi, auront du mal à faire quoi que ce soit d’utile. Beaucoup d’entre eux, comme l’Illinois, le New Jersey, le Connecticut et la Californie, sont déjà techniquement insolvables. Le gouvernement fédéral devra peut-être faire semblant de les sauver financièrement, ce qui ne fera qu’empirer la situation nationale.

Pétrole

Le « miracle » du pétrole de schiste a été une cascade impressionnante. Pendant un certain temps, la production américaine a dépassé de loin l’ancien pic de production record de 1970, et ce, à une vitesse stupéfiante pendant environ une décennie. Mais c’est un pétrole très cher et complexe à produire. Cette bulle a été rendue possible grâce à des emprunts massifs à des taux d’intérêt artificiellement bas, qui sont maintenant en hausse. Environ les trois quarts des exploitants de schistes argileux n’ont jamais réalisé un sou en bénéfice net, et bon nombre de ces entreprises auront de la difficulté ou seront dans l’impossibilité de refinancer leur dette actuelle, surtout avec du pétrole à moins de 50 $ le baril. Mais le prix est une mesure trompeuse. S’il atteignait 100 $ le baril demain, l’effet serait de frapper l’activité économique, car l’industrie a besoin de pétrole moins cher pour mener ses activités et les citoyens peuvent à peine se permettre de conduire lorsque l’essence atteint 4 $ le gallon à la pompe. À un prix inférieur à 45 $ le baril, le prix frappe les producteurs de pétrole. Faites votre choix. Il n’y a pas de prix « Boucle d’or ».

Les autres problèmes liés au schiste bitumineux sont liés à la nature des zones pétrolières de schiste. Le bassin Permien au Texas est très vaste, mais les meilleures zones sont développées dans ce qu’on appelle les « sweet spots » et il y en a un nombre limité. Ce sont les endroits où les producteurs ont d’abord développé leur activité, et lorsqu’ils seront à maturité, la prochaine série de zones à exploiter sera localisée dans des endroits qui ne sont pas si productifs, peut-être même pas dignes d’être forés. La caractéristique des puits de pétrole de schiste est également très différent de celle des anciens puits de pétrole classiques. Les anciens puits coûtaient environ 400 000 $ (en dollars courants). Il s’agissait simplement de faire couler une canalisation dans la roche mère perméable. Le pétrole sortait sous sa propre pression à raison de milliers de barils par jour.  Finalement, vous aviez mis une simple pompe sur le puits (l’« âne hochant la tête ») qui produisait pendant des décennies, comme si vous teniez une caisse enregistreuse. Les puits de pétrole de schiste coûtent entre 6 et 12 millions de dollars. Ils nécessitent des forages et des fracturations horizontaux techniquement exigeants, avec des coûts supplémentaires en main d’œuvre hautement technique, de l’eau pour les fracturations, du sable pour maintenir les fractures ouvertes, des produits chimiques pour faciliter le processus, et une noria de voyages en camion pour livrer toute l’eau et le sable (et évacuer le pétrole) [Et gérer les déchets, NdT]. Les puits de schistes produisent peut-être quelques centaines de barils par jour pendant un an, après quoi ils s’épuisent généralement de plus de 60 %. Après quatre ans, c’est fini. Ce pétrole est également différent. Le schiste bitumineux est généralement ultra-léger. Il contient peu ou pas de diesel, de kérosène, de carburéacteur et de distillats de mazout de chauffage plus lourds, ce qui le rend moins précieux.

Des problèmes sur les marchés du crédit pourraient faire cesser la production de schiste argileux pendant un certain temps et créer de graves problèmes pour l’économie américaine. Cela pourrait se produire en 2019, car les entreprises les moins performantes ne parviennent pas à obtenir de nouveaux financements. Aussi puissante qu’elle puisse paraître, cette industrie est pleine de fragilité. Entre-temps, le niveau des découvertes est tombé à son niveau le plus bas depuis les années 1940, après trois années récentes déjà de records à la baisse. La faiblesse actuelle des prix du pétrole aux alentours de 45 dollars le baril pourrait donner aux Américains un faux sentiment de sécurité. Les bas prix sont surtout indicatifs de l’effondrement de la demande de pétrole dans les marges mondiales et parmi la grande population américaine qui n’en a plus les moyens, c’est-à-dire l’ancienne classe moyenne appauvrie. Au fur et à mesure que les dégâts deviennent plus évidents, nous pourrions entendre des appels à la nationalisation de l’industrie pétrolière. Cette tentative irait à l’encontre de la tendance susmentionnée qui veut que le gouvernement devienne encore plus à court de recettes, plus impuissant et plus incompétent.

Géopolitique

Le Golem d’Or a fait un effort supplémentaire pour contrarier la Russie ces deux dernières années. Est-ce pour démontrer à quel point il n’est pas la marionnette de Poutine ? Si oui, c’est pathétique. Par exemple, l’imposition de sanctions de plus en plus sévères à la Russie, l’expulsion du personnel diplomatique russe du pays en raison de l’empoisonnement risible du père et de la fille Skripal par du Novitchok en Grande-Bretagne. Personne n’y croyait – qui se remet d’une toxine militaire high-tech, supposée la plus puissante du monde ? L’hystérie plus large de la Russie, distillée par la « communauté du renseignement » américaine pour couvrir l’embarras de la défaite électorale d’Hillary Clinton, a détruit le cerveau de milliers d’initiés de Washington et infecté des secteurs entiers des élites côtières instruites qui devraient vraiment être mieux informés. Intervention dans les élections ? Est-ce quelque chose que les États-Unis n’ont jamais fait ? Rappelez-vous la couverture du Time Magazine de 1996 avec le titre qui se vantait : « Les Américains à la rescousse : l’histoire secrète de la façon dont les conseillers américains ont aidé Eltsine à gagner ». Et maintenant, on fait pipi dans notre froc au sujet d’une douzaine de trolls russes sur Facebook ? Oui, c’est ce qu’ont fait les personnes les plus brillantes du moment depuis deux ans. Le résultat net est une nouvelle guerre froide, poussant la Russie dans les bras de la Chine, incitant ces deux pays à construire un nouveau cadre de relations mondiales qui exclut autant que possible les États-Unis toxiques.



Ce nouveau cadre, soit dit en passant, ne sera pas le même que la version 2.0 de Globalisme Version 2.0 (la version 1.0 a duré de 1870 à 1914) qui a permis aux États-Unis d’échanger des reconnaissances de dette contre des téléviseurs à écran plat pendant de nombreuses années. Appelons cela le globalisme de Tom Friedman, d’après ce spécialiste qui a dit que ça durerait toujours. Le monde s’agrandira de nouveau à mesure que les grandes puissances seront de plus en plus liées à leurs propres régions pour des relations commerciales dans un monde qui manque de ressources énergétiques et de capitaux. L’exception à cela est l’armement, maintenant que la Russie a démontré sa capacité à lancer des fusées hypersoniques qui peuvent atteindre les États-Unis en un peu plus de quelques minutes, New York même. Avons-nous quelque chose comme ça ? Je suppose qu’on aimerait bien. Les médias n’en parlent même pas, les implications sont terribles.

M. Trump a-t-il vraiment accompli quelque chose en cherchant un accord avec la Chine tout en la frappant sur le museau avec son bâton des droits de douane ?  Eh bien, il a forcé beaucoup d’entreprises américaines à grossir leurs stocks de marchandises dont elles craignaient d’avoir à payer des droits de douane coûteux dans un an, alors elles se sont toutes approvisionnées juste à temps pour un marché baissier vicieux et la récession/dépression que cela entraîne. Une grande partie de ces stocks pourraient finir par être distribué par les juges des faillites.

Comment notre antagonisme à l’égard de la Chine s’articule-t-il avec la campagne pour « normaliser » le comportement de la Corée du Nord ? Je doute que ça aide. En 2019, la Corée du Nord sera le coussin de sécurité que la Chine placera sous le siège de l’Amérique à la table des négociations. M. Trump a défié la sagesse traditionnelle du département d’État en rencontrant Kim en personne. Pour la première fois en 60 ans, les deux Corées se sont parlé et ont pris des mesures concrètes pour mettre fin à l’état de guerre de facto. Est-ce que Kim jouera le rôle que la Chine lui attribue ? Je pense que oui. Ils peuvent l’écraser comme un insecte. Et, bien sûr, tout ce que le Congrès américain et M. Mueller font pour blesser et affaiblir M. Trump rendra peu probable de nouveaux progrès en Corée.

Qu’en est-il de la deuxième plus grande économie du monde ? Ce serait l’Union européenne. Le système financier de l’UE est bien plus dysfonctionnel que le nôtre, sans mécanisme ni disposition pour réguler les dépenses de chaque pays par rapport à la génération de la dette de l’Union dans son ensemble. Il n’y a aucun moyen de continuer et aucune perspective d’amélioration de ce système. Qui plus est, les manigances de la Banque centrale européenne, qui durent depuis des décennies, ont créé des déséquilibres qui ne seront jamais corrigés. Même la tentative de normalisation des opérations – alors que la BCE cesse ses procédures de monétisation de la dette à partir du premier trimestre de 2019 – est assurée de briser l’économie de l’UE, qui est un spectacle d’horreur pour des entreprises zombies et des banques zombies. Elles souffriront particulièrement de la récession et de la dépression à venir. Le prochain domino à tomber, théoriquement l’Italie, fera tomber l’UE, quoi qu’il arrive avec les hésitations sur Brexit. Sans la BCE qui passe l’aspirateur sur les dettes européennes non désirées, la sortie de route est déjà sur les rails. En 2019, il faut s’attendre à une baisse substantielle de la valeur de l’euro et, éventuellement, à sa disparition en tant que monnaie.

En fait, il faut s’attendre à une désintégration totale de nombreux arrangements structurels dans toute l’Europe à partir de 2019, ainsi qu’à une violence politique qui dépasse les simples actions de rue des Gilets jaunes en France. L’OTAN organise des jeux de guerre à la frontière russe depuis deux ans, apparemment sans se rendre compte que les membres de l’OTAN sont profondément dépendants du pétrole et du gaz naturel russes pour rester des pays avancés avec des commodités et des conforts, comme chauffer leurs maisons. Peut-être cette reconnaissance aura-t-elle lieu en 2019. Mais il y aura beaucoup de bruit pour empêcher cette prise de conscience.

Changement climatique

Il se passe quelque chose « là-bas », bien que l’image soit profondément non linéaire et qu’elle soit confondue pour le moment par un niveau extraordinairement bas d’activité cyclique des taches solaires. N’étant pas un scientifique, je n’ai que deux points saillants à considérer à ce sujet :
La première, c’est que nous n’allons rien faire à ce sujet – parce que rien ne peut être fait à ce sujet. Quoi qu’il arrive, il va falloir s’y faire. Je ne suis pas convaincu non plus que bon nombre des mesures d’atténuation proposées – taxes sur le carbone, ensemencement de la haute atmosphère avec des particules réfléchissantes – permettront d’accomplir quoi que ce soit.

La deuxième réflexion est la suivante : le monde civilisé a connu de nombreux cas de changements climatiques au cours des derniers millénaires. Les civilisations s’élèvent et s’effondrent avec ces changements, mais le projet humain en tant que sujet plus général continue, avec des périodes d’histoire qui semblent être des temps morts reposants. L’Optimum romain (période de réchauffement) est passé au refroidissement de l’âge des ténèbres, puis au réchauffement médiéval (la viticulture en Angleterre !), et finalement le petit âge glaciaire est survenu avec Isaac Newton et les patineurs sur les canaux néerlandais. La différence cette fois-ci, c’est que notre civilisation est si profondément complexe que l’adaptation réussie à de nouvelles conditions est un résultat à faible pourcentage, du moins sous la forme du sauvetage de bon nombre de nos arrangements actuels. Dans le cadre d’autres perturbations climatiques, les gens se sont adaptés, parfois avec des changements très sévères dans les coutumes, les pratiques, les arrangements politiques et les styles de vie.

Ce sera particulièrement dur cette fois-ci, et la vaste culture pop de ces Effondrements suggère que nous en avons l’intuition – de Game of Thrones à La Route, en passant par mes propres romans World Made By Hand. Cela commence par l’oscillation de la plus abstraite et la plus fragile de nos arrangements systémiques, la finance, qui est principalement basée sur une confiance éphémère (que l’autre personne vous paiera). De là, les problèmes passent à la politique et à la culture.
Quelques mots de conclusion sur ce dernier point :

Culture

2018 a été un point bas pour la culture américaine, telle qu’elle est. Les bêtises idiotes qui émanent des campus universitaires ont infecté le pays tout entier comme un choc toxique. Le plus dommageable, bien sûr, est l’idéologie parapluie de la « multiculture » dans une société qui prospérait autrefois précisément à cause du contraire : une culture commune composée d’éthique, de coutumes, de normes et de standards de comportement décent auxquels les gens non fous pourraient adhérer. Enlevez la culture commune d’une nation et vous n’aurez plus de nation – c’est aussi simple que cela. C’est pourquoi les Américains sont bêtement divisés en groupes identitaires qui ne croient pas en une culture commune et font tout leur possible pour la vaincre. Ils n’ont aucune idée de ce qu’E Pluribus Unum signifiait autrefois et ils n’ont aucun désir ou intention de le redécouvrir. Je reviens au thème cardinal de The Long Emergency : que nous ne pouvons pas construire un consensus cohérent sur ce qui nous arrive, et donc nous ne pouvons pas faire de plans cohérents sur ce que nous devons faire.
Les difficultés financières de 2019 sont l’occasion de faire le point sur ces questions. Il peut même y avoir un nombre important de survivants parmi les anciennes classes de pensée au cerveau endommagé qui refusent d’accepter les idées neuves de ces dernières années. Ce qu’il faut surtout comprendre de ce qu’il est convenu d’appeler le choc toxique de la Gauche Progressiste, c’est que toute la croisade a été moins une croisade d’idées de justice ou d’équité que le simple plaisir de forcer les autres, de pousser les gens et de les punir parce que c’est amusant ! Les idéologies qui entourent ce comportement ne sont que de la poudre aux yeux.

Jusqu’à présent, la réaction a été étonnamment légère. Si le dénouement financier s’annonce aussi brutal qu’il en a l’air d’ici, la réaction s’aggravera. Les universités elles-mêmes souffriront énormément lorsque leurs budgets s’effondreront et, tout d’un coup, elles devront émettre des bordereaux roses [Lettre de licenciement, NdT] à une demi-douzaine de doyens de la diversité avec des salaires à six chiffres. De nombreux collèges amorceront le processus de fermeture en 2019, à mesure que le racket des prêts étudiants se désintégrera.

Vous avez assez souffert pour aujourd’hui, et je m’en tiendrai là.

Bonne 2019 à tous !


Too much magic : L'Amérique désenchantée 

James Howard Kunstler

Pour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Note du traducteur

Je vous conseille cette note de lecture récente de Michel Drac du livre Le quatrième tournant cité par Kunstler au début de son texte.

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