vendredi 13 mai 2016

Virez moi ces clowns

Article original de James Howard Kunstler, publié le 2 mai 2016 sur le site Kunstler.com
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr


https://d6ameriscape.files.wordpress.com/2013/05/aztlanmapnewamerican.jpg?w=640

Dans cette décennie de danger maximal, un Dieu farceur nous a donné deux candidats totalement détestés pour diriger une nation défaillante alors que les événements avancent, poussés par toutes sortes de récits pétillants. Par exemple : l’idée que des initiés républicains peuvent bloquer le chemin de Trump vers la nomination. Ces initiés sont peut-être des fantômes après tout. Par exemple, les répugnants frères Koch [milliardaires finançant les campagnes électorales, NdT] ont déjà basculé du côté d’Hillary. Trump ne ratera pas leurs contributions à sa campagne pour une minute à New York (alors qu’Hillary pourrait trouver un moyen de bourrer d’argent quelques coffres-fort de la Fondation Clinton dans les Îles Caïmans).


Des événements, la semaine dernière, ont renforcé la donne de Trump lorsque des manifestants à l’extérieur d’un rassemblement de The Donald à Costa Mesa, en Californie, ont agité des drapeaux et des pancartes mexicaines demandant le rétablissement de l’Aztlán del Norte. Cela appuie sa position à propos de l’immigration clandestine, n’est-ce pas? Trump a également gaffé, enfin c’est supposé l’être, en disant qu’il ne restait à Hillary que sa carte féminine à jouer parmi ses atouts pour l’élection. Je ne suis pas si sûr qu’il ait tort à ce sujet – bien que l’aiguille de l’indignomètre ait dansé en traversant la ligne rouge après ce qu’il a dit.

En est-on arrivé là? Le parti des femmes contre le parti des hommes? Quel genre de psychodrame idiot ce pays est-il en train de jouer? Maman et papa luttant dans la boue lors d’une année électorale qui se vautre, elle, dans la fange? Nous faut-il une grande prescription de télé-réalité pour voir la mer plus brillante? N’y a-t-il pas de meilleures façons de comprendre les difficultés que nous rencontrons?
Dernièrement Hillary a été vantée pour sa capacité à mettre Wall Street sur un piédestal, après que Wall Street l’a installée théoriquement à la Maison Blanche. Les électeurs (surtout les femmes) pourraient vouloir prêter attention aux éloges d’Hillary, pour le traitement par le président Obama des turpitudes bancaires non encore résolues, sept ans après le braquage de 2008. Qu’est-ce que la loi Dodd-Frank (signée par O en 2010) a accompli, sauf fournir des contournements plus lucratifs, via un texte trop-complexe-pour-être-compris pour les banques trop grandes pour faire faillite? Ce texte a été écrit par les lobbyistes des banques et des avocats, et comportait environ 2 270 pages de plus que l’ancienne loi, le Glass-Steagall Act, que Bill Clinton a vaporisé en 1999. Pensez-vous que Bill et Hillary pourraient avoir parlé ensemble de l’abrogation du Glass-Steagall Act à l’époque? Vous vous demandez ce qu’elle en pensait à l’époque… en étant avocate et tout ça?

Cette semaine, l’attention était fixée sur les primaires en Indiana, où le diabolique Ted Cruz a désespérément tenté sa dernière carte contre Trump, le juggernaut. Il semble que l’ancien président de la Chambre John Boehner ait effectivement réussi à planter un pieu en bois dans l’hypothétique cœur de Cruz, par hasard en remarquant qu’il était «le fils de pute le plus misérable avec qui j’ai jamais travaillé». Il est par ailleurs un peu difficile d’expliquer ensuite que Ted a essayé une manœuvre en envoyant son nouveau pittbull Carly Fiorina [autre candidate battue et annoncée colistière de Cruz, NdT] pour prétendre qu’il n’a jamais travaillé avec le Président de la Chambre – une annonce risible pour un législateur national, dans le même parti.

Tout cela serait amusant si les États-Unis n’étaient pas en train de glisser dans le crépuscule de ce que beaucoup de gens appellent la modernité – qui est un code pour l’hyper-complexité techno-industrielle que nous avons pu apprécier ces derniers temps tous ensemble. Nous avons encore à comprendre les rendements décroissants, en entassant plus de complexité sur ce qui est déjà trop complexe. Le clou du spectacle, pour la plupart des gens ordinaires, devrait être la Loi sur les soins abordables (également signé par O en 2010). Alors que les stylistes astucieux de Dodd-Frank ont facilement mystifié le public, la plupart des adultes opérationnels comprennent ce que cela signifie quand leurs primes d’assurance maladie augmentent de 20% et qu’avec la nouvelle franchise, il est impensable d’envisager même d’aller aux urgences.

La triste vérité est peut-être que les rackets de ce genre sont irréformables, et que nous ne pouvons pas commencer à faire les choses différemment jusqu’à ce qu’ils s’effondrent. Il devrait être évident, par exemple, que les soins de santé américains ont besoin d’être organisés à l’opposé du système actuel – le gigantisme incarné par les colossales fusion/acquisitions entre méga-hôpitaux, pour revenir à des soins dispensés à la clinique locale, où les médecins et leurs subalternes ne sont pas pressurés par une matrice oppressive d’extorsion par les maîtres des charges financières. Il pourrait y avoir moins de technologies clinquantes dans ce modèle à l’avenir, mais beaucoup plus de pratique dans les soins, ainsi que la fin du pillage financier qui met les ménages en faillite pour des maladies relativement courantes (l’appendicectomie à $90 000).

De même, dans pratiquement tous les autres domaines de la vie américaine, la tendance réelle encore non abordée dans cette campagne électorale, serait de découpler et dés-escalader notre lourde, toxique et hyper-complexe époque qui est en train de passer, pour trouver notre chemin vers une réorganisation de ce que l’on sait être l’économie politique.

En attendant : le spectacle de clown continue.

James Howard Kunstler

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