mardi 30 août 2016

Les objectifs de l’opération « Bouclier de l’Euphrate »

Article original de Soner Polat, publié le 29 Août 2016 sur le site Katehon
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr



Soner Polat is the Retired Rear Admiral (Upper Half) of Turkish Navy
Soner Polat, le contre-amiral retraité de la Marine turque explique les objectifs de l’opération militaire turque en Syrie

Comme nous le savons, toute opération militaire a des objectifs politiques. En ce qui me concerne, je comprends des déclarations de personnages clés que l’objectif politique de l’opération « Euphrate Shield » est de garantir l’intégrité territoriale de la Syrie, ainsi que de créer une zone tampon ou une ceinture de sécurité le long de la frontière turco-syrienne entre Jarabulus et les autres provinces qui sont à moins de 100 km de la Turquie. En ce qui concerne les objectifs neutres de cette opération, je peux distinguer trois aspects: tactiques, opérationnels et stratégiques.


  • L’objectif tactique est de dégager la zone des terroristes de l’État islamique ainsi que ceux du YPG.
  • L’objectif opérationnel est de mettre en place une ceinture de sécurité s’étirant le long de la frontière turco-syrienne sur 10-15 km de profondeur vers l’intérieur de la Syrie afin d’arrêter les activités terroristes visant des cibles turques.
  • Enfin, l’objectif stratégique est d’exercer un contrôle total sur les régions fédérales comme Kobane et d’autres, couvrant une superficie de 100 km de long et 45 km de profondeur depuis la frontière turque.
À mon avis, ce sont les objectifs politiques et militaires de cette opération turque transfrontalière.

La prochaine étape serait de vider Manbij et la région environnante de tous les terroristes, y compris ceux affiliés au YPG. En attendant, les troupes turques sont entre Jarabulus et Manbij, et je crois qu’elles se déplacent vers le sud.


Le vaudeville de Jarablous

La composition de l’armée syrienne libre est la question la plus sensible en ce moment parce que nous avons été très critique à ce sujet. Je pense que ces troupes sont en quelque sorte contrôlable, mais il n’y a aucune garantie pour l’avenir. L’expérience montre que, à la fin, ces types de groupes sont dirigés par des forces mondiales. Pourtant, la Turquie considère ces groupes comme des opposants modérés au régime, mais nous savons que la Syrie et les pays qui la soutiennent comme la Russie considèrent ces groupes comme des organisations terroristes. Donc, je crois que c’est la question la plus difficile à traiter pour la Turquie en coopération avec les pays voisins et la Russie. Je pense que dans les prochaines étapes de l’opération en Syrie, cette question sera coordonnée en détail avec les pays régionaux, ainsi qu’avec la Russie. Ce problème devrait être résolu si nous voulons créer un front uni contre les groupes terroristes et les pays qui les soutiennent.

Très honnêtement, je crois que cette opération est aussi contre les intérêts américains. Les États-Unis n’avaient pas d’autre choix que de donner leur feu vert à cette opération alors que les États-Unis sont dans une position délicate. La Turquie était très déterminée à mener à bien cette opération depuis que trop de bombes ont explosé et ont pris de nombreuses vies. En outre, il est largement admis que les États-Unis étaient derrière le coup d’État manqué. La Turquie bouge lentement mais sûrement vers l’Eurasie, et la rencontre Poutine-Erdogan a alarmé l’Occident. Si la Turquie reste avec le monde occidental, l’équilibre géopolitique mondial serait paralysé. Compte tenu de cela, les Américains vont poursuivre leur politique actuelle jusqu’aux élections présidentielles. En ce moment, ils essaient juste de revenir au statu quo. Il est très important pour la Turquie d’établir des relations amicales avec la Russie et tous ses voisins. Mais en même temps, l’Occident ne veut pas perdre la Turquie. Voilà pourquoi les États-Unis ont hésité sur l’opération transfrontalière turque.
 
Soner Polat
 



Note du traducteur

Cet article a été commenté par le site dedefensa qui en fait l'analyse dans le cadre des récents évènements à la frontière turco-syrienne. Vous pouvez aussi retrouvez des analyses sur le site des chroniquesdugrandjeu.com

Le fait que cet ancien militaire turc traite les kurdes de terroristes en les mettant sur les mêmes pieds que Daesh reste à sa seule appréciation, tout comme le besoin de protection de la Turquie, ce qui est assez ironique quand on connait le rôle de soutien de la Turquie à la déstabilisation de la Syrie même si en parallèle, la population turque paye le prix fort avec de nombreux attentats.

On appréciera aussi "ces types de groupes sont dirigés par des forces mondiales" ou "les pays qui les soutiennent". Il aurait intéressant été intéressant que ce contre-amiral soit plus explicite sur ces "forces mondiales" ou "ces pays".

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