jeudi 23 janvier 2020

Un holocauste de proportions bibliques

Article original de Laurent Guyénot, publié le 11 novembre 2020 sur le site Unz Review
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr



Holocauste est un terme tiré de la Bible hébraïque (dans la traduction grecque), désignant le sacrifice religieux d’animaux entièrement consumés sur un autel. Le premier holocauste rapporté dans la Bible est pratiqué par Noé dans la Genèse, chapitre 8 : dans un accès de rage, Yahvé s’est dit à lui-même : « Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j’ai créés, (…) car je me repens de les avoir faits » (6:7). Mais après avoir noyé presque toutes ses créatures dans un déluge, Yahvé regrette d’avoir regretté, quand Noé lui offre un énorme holocauste. Yahvé respira l’agréable odeur et se dit en lui-même : « Je ne maudirai plus jamais la terre à cause de l’homme (…) plus jamais ne frapperai tous les vivants comme j’ai fait » (8:21). Depuis lors, Yahvé devint accro à la « douce odeur » de la chair carbonisée. Selon le livre d’Esdras, un holocauste gigantesque a été offert à Yahvé par les Judéo-Babyloniens qui ont (re)colonisé la Palestine, en préparation pour la (re)construction du Temple (Esdras 7:12-17).



Du sang juif pour Sion


Pourquoi, alors, le nom « Holocauste » a-t-il été choisi pour désigner la destruction de millions de Juifs européens pendant la Seconde Guerre mondiale ? Tout ce qui est important dans l’histoire d’Israël reçoit un nom biblique, même la politique de dissuasion nucléaire d’Israël, l’« option Samson« . Mais pourquoi « holocauste » ? Dans quel sens l’Holocauste est-il un holocauste ? L’implication évidente est que la mort de millions de Juifs européens a plu à Yahvé, et, par conséquent, a accéléré l’accomplissement de sa promesse messianique. Aussi évidente soit-elle, cette implication est indicible en termes explicites. Elle ne sera chuchotée qu’énigmatiquement parmi les initiés (lisez par exemple les déclarations controversées d’Irving Greenberg sur Wikipedia. Au mieux, elle peut être voilée en termes religieux : « L’État d’Israël est la réponse de Dieu à Auschwitz », dans la formule trinitaire d’Abraham Herschel reliant Yahvé (le Père), Israël (le Fils) et l’Holocauste (le Saint Esprit ?)1.

Mais dans son livre « The Holocaust Victims Accuse », le rabbin antisioniste Moshe Shonfeld s’approche dangereusement de l’affirmation scandaleuse selon laquelle les sionistes avaient besoin de juifs sacrifiés pour fonder l’État juif : « Les dirigeants sionistes voyaient le sang juif versé de l’holocauste comme de la graisse pour les roues de l’État national juif. » (Lisez une critique du livre de Moshe Shonfeld ici, et téléchargez le livre en pdf ici).

Y a-t-il des faits à l’appui de la théorie selon laquelle les élites sionistes ont sacrifié les Juifs allemands sur l’autel du sionisme ? Voyons cela. On peut commencer par la déclaration de guerre publiée en première page du British Daily Express, le 24 mars 1933, à l’initiative de l’avocat sioniste Samuel Untermeyer de Wall Street : « Le peuple israélien dans le monde déclare la guerre économique et financière à l’Allemagne ». Les mots ont été soigneusement choisis pour impliquer les 600 000 Juifs vivant en Allemagne parmi les conspirateurs contre l’État allemand et le peuple allemand : « Les juifs du monde entier unis dans l’action », disait le titre, tandis que l’article insistait : « Quatorze millions de Juifs dispersés dans le monde entier se sont unis comme un seul homme… pour soutenir les 600 000 Juifs d’Allemagne. » Cette déclaration, entendue haut et fort en Allemagne, était une provocation destinée à mettre les Juifs allemands en grand danger, à une époque où, protestait Goebbels, « pas un cheveu sur la tête d’un Juif n’avait été touché ».


Beaucoup de Juifs, il faut le dire, ont protesté contre l’irresponsabilité de l’appel au boycott lancé par les élites financières juives. Le rabbin américain Harry Waton écrira en 1939 dans son « Program for the Jews » :
par ce stupide boycott, ils aggravent la situation des Juifs en Allemagne. Dans leur vanité et leur stupidité, les Juifs de ce pays ne réalisent pas combien il est inhumain et cruel de sacrifier les Juifs d’Allemagne pour satisfaire une vanité stupide et folle. (….) Six ans se sont écoulés depuis que les Juifs hors d’Allemagne ont déclaré la guerre à l’Allemagne nazie et à l’Italie fasciste. Les Juifs n’admettront jamais que les récents pogroms ont beaucoup à voir avec leur stupide boycott 2.
Ils n’admettraient pas non plus, bien sûr, que les pogroms étaient le résultat voulu du boycott, comme prétexte nécessaire pour transformer la guerre économique en guerre militaire, qui à son tour ferait déferler les enfers sur les Juifs allemands.

Comment Hitler a été pris au piège de sa propre prophétie

Comme on pouvait s’y attendre, cinq jours après la déclaration du boycott, Hitler annonça un contre-boycott des entreprises juives en Allemagne comme « mesure défensive ». En même temps, il a averti que « les Juifs doivent reconnaître qu’une guerre juive contre l’Allemagne entraînera des mesures sévères contre les Juifs en Allemagne » 3.

Le 30 janvier 1939, dans une ultime tentative de dissuader l’Angleterre de déclarer la guerre à l’Allemagne, Hitler lui envoya un avertissement de la tribune du Reichstag. Après avoir rappelé qu’il avait souvent été prophète, comme lorsqu’il prédisait sa propre montée au pouvoir, Hitler ajouta :
Je veux à nouveau aujourd’hui être prophète : si la finance juive internationale en Europe et hors d’Europe devait parvenir encore une fois à précipiter les peuples dans une guerre mondiale, alors le résultat ne serait pas la bolchevisation du monde, et par là la victoire du judaïsme, mais au contraire l’anéantissement [Vernichtung] de la race juive en Europe.4
Cet « avertissement prophétique aux Juifs », comme le « Völkische Beobachter » titrait le lendemain, a été largement diffusé et discuté. Comme pour y répondre, l’Angleterre déclare la guerre le 3 septembre 1939. Le Congrès juif mondial (fondé en 1936 pour rallier les juifs du monde entier contre Hitler) a immédiatement déclaré qu’il soutenait sans réserve la Grande-Bretagne.
Hitler répéta sa prophétie le 30 janvier 1941, cette fois à l’adresse des États-Unis. Le New York Times a répondu en publiant un article qui équivalait à le mettre au défi de tenir parole :
il n’y a pas un seul précédent pour prouver qu’il tiendra une promesse ou qu’il accomplira une menace. Si on peut être sûr d’une chose d’après ses antécédents, en fait, c’est que la seule chose qu’il ne fera pas, c’est ce qu’il dit qu’il fera.5
Les États-Unis sont entrés en guerre en décembre 1941. Quelques jours plus tard, lors de la réunion de la Chancellerie du Reich du 12 décembre 1941, selon le journal de Goebbels, Hitler déclare que sa prophétie « n’est pas seulement une phrase. La guerre mondiale est là, et l’anéantissement [Vernichtung] des Juifs doit en être la conséquence nécessaire. » Encore une fois, Hitler aurait dû considérer l’évidence : il était poussé à agir selon sa prophétie.

Cette même année 1941, en réponse à un appel au sauvetage des Juifs d’Europe, Nathan Schwalb, chef de l’Agence juive en Suisse, décline l’offre avec la justification suivante :
Si nous n’apportons pas de sacrifices, avec quoi obtiendrons-nous le droit de nous asseoir à la table quand ils feront la répartition des nations et des territoires après la guerre ? (…) c’est seulement par le sang que la terre sera à nous6.
Déjà en 1938, les sionistes anglo-américains avaient saboté la « Conférence internationale d’Evian sur les problèmes politiques et économiques causés par l’expulsion des Juifs du Reich » et la résolution des démocraties occidentales d’ouvrir leurs frontières aux Juifs dont l’Allemagne souhaitait se débarrasser, car, selon David Ben-Gourion, cela « mettra en danger l’existence du sionisme. »7 Les Juifs allemands devaient soit se convertir de force au sionisme et émigrer en Palestine – mais les Britanniques n’autorisaient que des quotas limités – soit mourir dans les camps de concentration nazis – dans les deux cas, au profit ultime du sionisme. Lorsque la guerre a éclaté, il restait en Allemagne environ 275 000 Juifs qui, faute d’un visa accordé par un pays étranger, ne pouvaient émigrer. Cela avait été voulu par les sionistes anglo-américains.

Tout fut fait pour intensifier la rage des Allemands contre les Juifs. Au début de 1941 parut le livret de 96 pages de l’homme d’affaires juif américain Theodore Kaufman, « Germany Must Perish », prônant « l’extinction de la nation allemande et l’éradication totale de la terre de tout son peuple », en stérilisant tous les hommes allemands de moins de soixante ans, et les femmes de moins de quarante cinq ans, ce qui pouvait être réalisé en moins d’un mois par environ vingt milles chirurgiens. « En conséquence, en l’espace de deux générations, (…) l’élimination du germanisme et de ses porteurs aura été un fait accompli.8«  Interviewé par le Canadian Jewish Chronicle, Kaufman parle de la « mission » des Juifs de guider l’humanité vers une « paix perpétuelle » ; grâce à eux, « le monde se développera lentement mais sûrement en un paradis » ; mais pour le moment, « stérilisons tous les Allemands et les guerres de domination mondiale prendront fin »9. Le livre de Kaufman a été bien accueilli par le New York Times et le Washington Post. En 1944, il sera commenté par Louis Nizer dans son influent livre « What to Do with Germany ? » (très apprécié par Harry Truman). Nizer rejette la solution de Kaufman comme exagérée, mais recommande la peine de mort pour 150 000 Allemands et des « bataillons de travail » pour des centaines de milliers d’autres10.



Louis Marschalko, dans « The World Conquerors : The Real War Criminals (1958)« , cite quelques autres auteurs juifs très bien publiés qui prônent une « solution finale » à la « question allemande » : Leon Dodd, qui dans « How Many World Wars » (New York, 1942), proclame qu’aucune Allemagne et aucune race allemande ne doit être laissée après la guerre ; Charles Heartman, qui dans « There Must Be No Germany After This War » (New York, 1942), exige également l’extermination physique du peuple allemand ; Einzig Palil, qui dans « Can We Win the Peace ? » (Londres, 1942), exigeait le démembrement de l’Allemagne et la démolition totale de l’industrie allemande ; Ivor Duncan, qui dans le numéro de mars 1942 de Zentral Europa Observer, demandait la stérilisation de quarante millions d’Allemands, estimant le coût total à cinq millions de livres sterling 11.

Peu après le débarquement en Normandie, Roosevelt et Churchill discutent de l’avenir de l’Allemagne lors de la deuxième Conférence de Québec du 11 septembre 1944 et signent un projet élaboré sous la direction du juif américain Henry Morgenthau Jr, secrétaire du Trésor, et de son adjoint Harry Dexter White. Ce Suggested Post-Surrender Program for Germany, destiné à « empêcher l’Allemagne de déclencher une troisième guerre mondiale, projette de transformer l’Allemagne en un pays essentiellement agricole et pastoral », en démantelant et en transportant vers les pays alliés « toutes les installations industrielles et les équipements non détruits par une action militaire » et en exigeant le « travail forcé allemand hors d’Allemagne ». La révélation de ce « Plan Morgenthau«  insensé par le Wall Street Journal (23 septembre) a poussé les nazis dans une mentalité de lutte à mort désespérée et de rage contre les Juifs12.



Entre-temps, en 1944, un nouvel effort de l’administration Roosevelt pour ouvrir les frontières des pays alliés aux réfugiés juifs fut de nouveau avorté par les sionistes américains. Lorsque Morris Ernst, envoyé par Roosevelt à Londres pour discuter du projet, revint avec l’accord britannique d’accueillir 150 000 réfugiés, Roosevelt fut satisfait : « 150 000 à l’Angleterre – 150 000 pour faire pareil aux États-Unis – 200 000 ou 300 000 ailleurs et nous pouvons commencer avec un demi-million de ces opprimés. » Mais une semaine plus tard, Roosevelt annonça à Ernst l’abandon du projet « parce que le leadership juif dominant de l’Amérique s’y opposera ». Les sionistes, dit Roosevelt, « savent qu’ils peuvent récolter d’énormes sommes pour la Palestine en disant aux donateurs : « Il n’y a pas d’autre endroit où ce pauvre Juif puisse aller ». Mais s’il y a un asile politique mondial, ils ne peuvent pas lever leur argent. » Incrédule, Ernst a fait le tour de ses contacts juifs. Il écrivit dans ses mémoires que « des dirigeants juifs actifs m’ont dénoncé, ont ricané et ensuite m’ont attaqué comme si j’étais un traître. Lors d’un dîner, j’ai été ouvertement accusé d’avoir favorisé ce plan d’immigration plus libre [aux États-Unis] afin de saper le sionisme politique »13.
Les mêmes Juifs qui avaient tant fait pression jusqu’aux années 1930 en faveur d’une immigration juive sans restriction aux États-Unis voulaient maintenant que les Juifs restent piégés en Allemagne, jusqu’à ce que les survivants puissent être forcés à immigrer en Palestine.

Comment, sinon, pourraient-ils capitaliser sur un bilan du génocide juif ? Depuis que Theodor Herzl a utilisé l’affaire Dreyfus comme tremplin pour le sionisme, il était entendu que « l’antisémitisme est une force motrice qui, comme la vague du futur, amènera les Juifs vers la terre promise », comme Herzl l’a écrit dans son journal. « L’antisémitisme s’est développé et continue de croître – et moi aussi. »14 Logiquement, la force motrice sera proportionnelle à la violence de l’antisémitisme, c’est-à-dire au nombre rapporté de ses victimes et à l’horreur graphique de leur destin.

Les bons Juifs des Nazis

Les Juifs qui ont le plus souffert sous l’Allemagne nazie n’étaient pas les Juifs sionistes. Les Juifs sionistes étaient considérés par les nazis comme les bons Juifs15. Et pour de bonnes raisons : ils applaudissaient les Lois de Nuremberg de 1933, et protestaient contre le boycott économique imposé par les Juifs américains. La Fédération Sioniste d’Allemagne a adressé un mémorandum au « Nouvel État Allemand » (daté du 21 juin) condamnant le boycott, et exprimant sa sympathie pour l’idéologie Nazie :
Notre reconnaissance de la nationalité juive assure une relation claire et sincère avec le peuple allemand et ses réalités nationales et raciales. Précisément parce que nous ne voulons pas falsifier ces principes fondamentaux, parce que nous aussi, nous sommes contre le mariage mixte, nous sommes pour le maintien de la pureté du groupe juif et nous rejetons toute atteinte dans le domaine culturel. La réalisation du sionisme ne peut qu’être compromise par le ressentiment des Juifs à l’étranger contre le développement allemand. La propagande de boycott – telle qu’elle se poursuit actuellement contre l’Allemagne de bien des manières – est essentiellement anti-sioniste.16
Joachim Prinz, futur président du Congrès juif américain, a écrit dans son livre « Wir Juden » (« Nous les Juifs ») publié à Berlin en 1934 :
Nous voulons que l’assimilation soit remplacée par une nouvelle loi : la déclaration d’appartenance à la nation et à la race juives. Un État fondé sur le principe de la pureté de la nation et de la race ne peut être honoré et respecté que par un Juif qui déclare son appartenance à sa propre espèce.17
Ce n’était pas seulement de l’opportunisme. Il y avait toujours eu de la sympathie entre les racialismes juif et allemand, au point que le rabbin Waton (cité plus haut) affirmait que « le nazisme est une imitation du judaïsme »18 Ce n’est pas Hitler, mais Zeev Jabotinsky qui écrit dans sa Lettre sur l’autonomie, vingt ans environ avant Mein Kampf :
Un Juif élevé parmi les Allemands pourra adopter les coutumes allemandes, les mots allemands. Il pourra être entièrement imprégné de la substance allemande, mais le noyau de sa structure spirituelle restera toujours juive, parce que son sang, son corps, son type physique racial sont juifs.  (…) Il est impossible de préserver l’intégrité nationale sans préserver la pureté raciale.19
C’est donc très logiquement que Reinhardt Heydrich, chef du service de sécurité SS, écrivit en 1935 dans « Das Schwarze Korps », le journal SS :
Nous devons séparer les Juifs en deux catégories : les sionistes et ceux qui sont en faveur de l’assimilation. Les sionistes adhèrent à une position raciale stricte et, en émigrant en Palestine, ils aident à construire leur propre État juif. (…) Le temps n’est pas si lointain où la Palestine pourra à nouveau accepter ses fils qu’elle a perdus depuis plus de mille ans. Nos meilleurs vœux ainsi que notre bonne volonté officielle les accompagnent.20
Soixante mille riches sionistes allemands ont été autorisés à s’installer avec leur fortune en Palestine dans le cadre de l’Accord du Haavara, une contribution décisive à la colonisation juive de la Palestine21 Comme Hannah Arendt l’a rappelé en 1963, « tous les postes importants de la Reichsvereinigung (l’organisation officielle des Juifs dans l’Allemagne nazie) nommée par les nazis étaient détenus par des sionistes. Cela conduisit à une situation dans laquelle la majorité non sélectionnée des Juifs se trouva inéluctablement aux prises avec deux ennemis – les autorités nazies et les autorités juives. »22 Les sionistes et les nazis étaient unis contre la notion même d’assimilation et l’abomination du mariage mixte.


Dire qu’Hitler était sioniste serait exagéré, car il a écrit en 1923 :
lorsque le sionisme cherche à faire croire au reste du monde que la conscience nationale des Juifs trouverait satisfaction dans la création d’un État palestinien, les Juifs dupent encore une fois les goyim bien sots de la façon la plus patente. Ils n’ont pas du tout l’intention d’édifier en Palestine un État juif pour aller s’y fixer ; ils ont simplement en vue d’y établir l’organisation centrale de leur entreprise charlatanesque d’internationalisme universel ; elle serait ainsi douée de droits de souveraineté et soustraite à l’intervention des autres États ; elle serait un lieu d’asile pour tous les gredins démasqués et une école supérieure pour les futurs voyous.23
Pourtant, de 1933 à 1938, Hitler considérait les sionistes allemands comme des alliés idéologiques et stratégiques dans son désir de débarrasser l’Allemagne de ses Juifs. Et il ne fait aucun doute que la plupart des Juifs morts sous le nazisme faisaient partie des Juifs assimilationnistes, ceux qui n’avaient aucune sympathie pour le sionisme et que les sionistes considéraient comme apostats et traîtres à leur race.

Cela, je crois, explique pourquoi l’Holocauste s’appelle l’Holocauste : l’idée que les juifs assimilationnistes doivent périr est profondément biblique. La notion vient directement du Deutéronome :
Si ton frère, fils de ton père ou de ta mère, ou ton fils ou ta fille, ou l’époux que tu embrasses, ou ton ami le plus intime, essaie secrètement de te séduire en disant : « Allons servir d’autres dieux » (…), tu dois le lapider à mort car il a essayé de te détourner de Yahvé ton Dieu. (…) Tout Israël, entendant cela, aura peur, et aucun de vous ne commettra de nouveau une chose aussi méchante » (Deutéronome 13:7-12).24
Et si, dans une ville, « des scélérats de ta race (…) ont égaré leurs concitoyens, en disant : Allons servir d’autres dieux », alors
vous devez passer les habitants de cette ville au fil de l’épée ; vous devez la soumettre à la malédiction de la destruction – la ville et tout ce qui s’y trouve. Vous devez empiler tout son butin sur la place publique et brûler la ville et tout son butin, offrant tout cela à Yahvé votre Dieu. Elle doit être une ruine pour tous les temps, et ne jamais être reconstruite (Deutéronome 13:13-17).
Ou, selon une autre traduction : « toute la ville doit être brûlée en offrande à Yahvé ton Dieu. »

La règle de terreur des Lévites



En termes bibliques, l’assimilation signifie « servir d’autres dieux ». Les Juifs qui cherchent l’assimilation méritent la mort, et leur mort servira d’exemple pour les autres. Quand, au IIème siècle av. J.-C., des Israélites dirent : « Allions-nous aux Gentils qui nous entourent, car depuis que nous nous sommes séparés d’eux, beaucoup de malheurs nous ont rattrapés », les Maccabées « se sont organisés en une force armée, terrassant dans leur colère les pêcheurs, et les renégats dans leur furie » (1 Maccabees 1-2), et ont établi leur théocratie asmonéenne25.

Terroriser les Juifs en les soumettant à une stricte séparation et une stricte endogamie est l’essence même de l’alliance avec Yahvé. La Torah montre que le règne de terreur de Yahvé repose sur le sacrifice des Juifs assimilationnistes et rebelles. Dans le Livre des Nombres, lorsqu’un Israélite eut le culot de comparaître devant Moïse avec sa femme Madianite, Phinées, le petit-fils d’Aaron, « prit une lance, suivit l’Israélite dans l’alcôve, et les transperça tous deux, l’Israélite et la femme, par le ventre ». Yahvé a félicité Phinées d’avoir eu « le même zèle que lui » et, en récompense, lui a donné « à lui et à ses descendants après lui, (…) le sacerdoce pour toujours », c’est-à-dire « le droit d’accomplir le rituel d’expiation pour les Israélites » (Nombres 25:11-13). Réfléchissons au fait que, selon la Bible, le sacerdoce aaronite était une récompense pour le double meurtre d’un Israélite assimilationniste et de sa femme non juive.

L’histoire de l’Exode 32 est encore plus révélatrice. Après l’épisode du Veau d’Or, Moïse conspire avec les fils de Levi qui se rallient autour de lui :
Il leur dit : ‘Yahvé, dieu d’Israël, dit ceci : Bouclez votre épée, chacun de vous, et parcourez le camp en tout sens de porte en porte, chacun de vous massacrant frère, ami et prochain’. Les Lévites firent ce que Moïse avait dit, et environ trois mille hommes du peuple périrent ce jour-là. Aujourd’hui, dit Moïse, vous vous êtes consacrés à Yahvé, l’un au détriment de son fils, l’autre de son frère, et il vous bénit aujourd’hui. (Exode 32:27-29).
En récompense du massacre de 30 000 « apostats » israélites, les Lévites reçoivent leur privilège en tant que classe sacerdotale héréditaire, une oligarchie entretenue par les autres tribus. Voici comment le bibliste Karl Budde paraphrase cet épisode, l’histoire fondatrice de l’institution des Lévites :
Nous voici, en fait, au moment même de l’origine de Lévi, et c’est ainsi qu’il faut le comprendre. A l’appel de Moïse, les fidèles de toutes les tribus se hâtent vers lui et lui prêtent leur bras même contre leur propre famille. Ceux qui furent ainsi mis à l’épreuve et éprouvés restèrent à partir de ce moment unis, et formèrent une nouvelle tribu, les ‘Levi’. (…) Levi est ainsi, pour ainsi dire, le garde du corps, le choix des fidèles de Yahvé qui se rassemblent autour de Moïse, renonçant aux liens anciens de la tribu et de la famille.26
Dans le Livre des Nombres 16-17, un groupe de deux cent cinquante Lévites, dirigé par Koré, sont eux-mêmes exterminés pour s’être rebellés contre Moïse et Aaron. « Je vais les détruire ici et maintenant », dit Yahvé, et « Le feu sortit de Yahvé et consuma les deux cent cinquante hommes offrant de l’encens » (16:20-35). « Le lendemain, toute la communauté des Israélites murmurait contre Moïse et Aaron en disant : « Tu es responsable du meurtre du peuple de Yahvé ! » Alors Yahvé dit : « Je vais les détruire ici et maintenant », et une épidémie décima quatorze mille sept cents d’entre eux » (17:6-14).

Ce que ces épisodes soulignent, c’est que l’autorité de Yahvé et de son élite de lévites est entièrement fondée sur la violence et la terreur contre les Israélites eux-mêmes. Il montre également que le Pacte est fondé sur la menace permanente de destruction. Les Juifs qui défient leurs élites représentatives et qui socialisent avec leurs voisins non-juifs, qui mangent avec eux, qui se marient entre eux, et qui, en faisant tout cela, font preuve de respect envers leurs dieux, sont, selon l’idéologie biblique, la lie du peuple juif, traître à Yahvé et à leur race. Ils méritent d’être éliminés sans pitié, d’autant plus qu’ils mettent en danger toute la communauté en attirant la colère de Yahvé.

Yahvé enseigne au peuple juif que l’amitié avec les non-juifs est une trahison de l’alliance, et sera punie par le désastre, voire l’extermination. Josué, le successeur de Moïse, dit aux Israélites qui avaient pris possession de Canaan :
Ne te mêle jamais aux peuples qui sont encore à tes côtés. Ne prononcez pas les noms de leurs dieux, ne jurez pas par eux, ne les servez pas et ne vous prosternez pas devant eux. (…) Si tu te lies d’amitié avec le reste de ces nations qui vivent encore à tes côtés, si tu te maries avec elles, si tu te mêles à elles, si tu te mélanges avec elles et qu’elles se mêlent à toi, sache avec certitude que Yahvé, ton dieu, cessera de déposséder ces nations devant toi, et pour toi elles seront un filet, un piège, des épines dans tes côtés et des chardons dans tes yeux, jusqu’à disparaître de cette belle terre donnée par Yahvé, ton dieu. (…) Car si tu violes l’alliance que Yahvé, ton dieu, t’a imposée, si tu vas servir d’autres dieux et que tu te prosternes devant eux, alors la colère de Yahvé s’enflammera contre toi et tu disparaîtras rapidement du beau pays qu’il t’a donné. (Josué 23:6-16)
La conquête de la Terre promise par Josué est le plan directeur de la colonisation sioniste, et la mentalité n’a pas changé. Le sionisme, idéologie fondatrice de l’État juif, est une version sécularisée du Yahvisme. Sa conception de la nation juive est strictement biblique, et donc intensément ethnocentrique et xénophobe. Il est donc naturel qu’un sioniste comme Benzion Netanyahou (le père de Benjamin) considère que pour un juif, épouser un non-juif est « même d’un point de vue biologique, un acte de suicide »27. Golda Meir, premier ministre d’Israël de 1969 à 1974, aurait formulé la même idée en termes plus suggestifs : « Épouser un non-Juif, c’est rejoindre les six millions [de juifs exterminés] »28. En d’autres termes, ces juifs assimilationnistes qui rompent l’alliance endogamique pourraient tout aussi bien être holocaustés, en ce qui concerne Israël. C’est tellement biblique !

Le paradigme biblique psychopathique

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Juifs n’ont pas été tués par d’autres Juifs, comme dans les passages bibliques mentionnés ci-dessus. Mais du point de vue biblique, cela ne fait aucune différence, car c’est toujours Yahvé qui frappe les Israélites, qu’il utilise Moïse (un meurtrier en fuite depuis le commencement), ou qu’il leur envoie des fléaux, des pierres du ciel ou des armées étrangères. Pour punir David d’avoir ordonné un recensement national (compter les Juifs morts c’est bon OK, mais pas les Juifs vivants), Yahvé lui donne le choix : « Que préférez-vous : avoir trois ans de famine dans votre pays ; fuir pendant trois mois devant une armée en fuite ; ou avoir trois jours d’épidémie dans votre pays ? » David a choisi l’épidémie, qui a fait soixante-dix mille morts (2 Samuel 24:13), mais Yahvé pourrait tout aussi bien utiliser une armée étrangère.

Chaque fois que des Israélites sont attaqués, c’est parce que Yahvé veut les punir pour leur rébellion et leur idolâtrie. C’est Yahvé qui a envoyé les Assyriens détruire le royaume du Nord d’Israël pour punir les Israélites pour leur « idolâtrie » (2 Rois 17 ; Amos 3:14), et c’est Yahvé qui a poussé l’armée babylonienne à détruire les villes de Judée, « à cause des mauvaises actions qu’ils ont commis pour provoquer ma colère, en allant et offrant de l’encens et en servant les autres dieux » (Jérémie 44:3).

La véritable relation de cause à effet entre le pluralisme religieux et la campagne babylonienne contre Jérusalem était, en fait, exactement le contraire de ce que la Bible affirme. Dans le monde antique, la diplomatie internationale était étroitement liée à la tolérance religieuse : les nations se respectaient mutuellement en respectant leurs dieux respectifs. Le roi de Judée, Manassé, est accusé par les scribes bibliques d’avoir fait « ce qui déplaît à Yahvé, imitant les abominations des nations que Yahvé avait chassées devant les Israélites » en adorant « toute l’armée du ciel » (2 Rois 21:2-3). Mais son règne de 55 ans a été une période de paix et de prospérité exceptionnelles. En revanche, son petit-fils Josias, qui est loué pour avoir enlevé du temple « tous les objets de culte qui avaient été faits pour Baal, Asherah et tout le tableau du paradis », et pour avoir exterminé tous les prêtres « qui offraient des sacrifices à Baal, au soleil, à la lune, aux constellations et à tout le tableau des cieux » (2 Rois 23:4-5), a apporté la catastrophe à son royaume par sa politique arrogante d’exclusivité et de provocation envers Babylone.

Mais les leçons de l’histoire sont perdues pour les scribes bibliques. Leur enseignement n’est pas seulement historiquement trompeur ; c’est une insulte au bon sens et au sens moral, qui enseigne que la convivialité (partage de repas, mariages mixtes occasionnels…) favorise la confiance et la paix civile, tandis que la séparation crée la méfiance et le conflit. Le message de Yahvé est une recette pour la catastrophe (shoah en hébreu). C’est comme de dire aux Juifs : « Ne socialisez pas avec vos voisins, mais méprisez leurs traditions et, si possible, dépossédez-les ou exterminez-les. Si, après cela, ils vous agressent, c’est de votre faute : vous n’avez pas obéi assez scrupuleusement. » Telle est la folle « sagesse » véhiculée par la Torah depuis cent générations.

Immergés dans le paradigme biblique, les Juifs ne sont pas facilement persuadés qu’ils peuvent porter une responsabilité collective dans l’hostilité des Goyim. Après tout, même les païens leur disent aujourd’hui que « le Juif, objet de tant d’exécration, est parfaitement innocent, je dirai même inoffensif » 29. Assurés par leur tradition et leur leadership de la parfaite innocence de leur communauté, les juifs considèrent naturellement les critiques à leur égard comme irrationnelles et pathologiques. Il leur semble qu’il est dans la nature des non-juifs de haïr les Juifs. « La judéophobie est une variété de démonopathie », écrivait Leon Pinsker (médecin). « En tant qu’aberration psychique, elle est héréditaire, et en tant que maladie transmise pendant deux mille ans, elle est incurable »30. « Pour le Juif, le monde est une cage remplie de bêtes sauvages », écrit Henry Miller31.

Comme la plupart des traits de la psychologie collective juive, il s’agit d’un modèle cognitif appris de la Bible. Une bonne illustration en est le black-out dans la chaîne causale des événements entre, d’une part, la fin de la Genèse, lorsque Joseph ruina les paysans d’Égypte, les força à s’endetter et finalement à s’asservir, tout en enrichissant son clan, et, d’autre part, le début de l’Exode, quand un roi d’Égypte « qui n’avait jamais entendu parler de Joseph », voyant que les Israélites étaient devenus « plus nombreux et plus forts que nous », décida de prendre des mesures « pour les empêcher d’augmenter encore leur nombre, ou si la guerre devait éclater, ils pourraient rejoindre les rangs de nos ennemis » (Exode 1:9-10). Considérant l’activité parasitaire de la tribu de Jacob, les inquiétudes du roi et sa décision de taxer les Israélites de travail forcé peuvent sembler tout à fait justifiées ; mais parce que Joseph l’accapareur est le saint de Yahvé, agissant pour la prospérité du peuple élu de Yahvé, son comportement est irréprochable, et Pharaon est donc présenté comme irrémédiablement mauvais. À bien y penser, il est tout à fait approprié qu’Hitler soit considéré comme un avatar de Pharaon : il voulait réduire l’influence juive en Allemagne et craignait que les Juifs puissent « rejoindre les rangs de ses ennemis ».

Une autre illustration symbolique de la manière dont la Torah inhibe toute considération de la responsabilité d’Israël dans l’hostilité des nations, se trouve dans le court livre prophétique d’Obadiah : Ésaü est blâmé par Yahvé pour son ressentiment contre son frère Jacob (alias Israël), sans rappel qu’Ésaü a été privé de son droit de naissance par Jacob :
Pour la violence faite à ton frère Jacob, la honte te couvrira et tu seras annihilé à jamais ! (…) La maison de Jacob sera un feu, la maison de Joseph une flamme, et la maison d’Ésaü sera de chaume. Ils l’allumeront et la brûleront, et personne de la Maison d’Ésaü ne survivra. (Obadiah 10-18)
Nous avons ici, en fait, une belle prophétie d’holocauste pour la Maison d’Ésaü (symbolisant les nations, et, dans la tradition rabbinique ultérieure, les nations spécifiquement chrétiennes).

Holocaustes des gentils pour Yahvé et Sion



Évidemment, Yahvé peut aussi utiliser des holocaustes de « Gentils ». Le premier cas rapporté apparaît dans Nombres 31, après le massacre des Madianites, sauf leurs troupeaux et 32 000 filles vierges. Le butin était divisé en deux : la moitié pour les combattants, l’autre moitié pour les autres. De la part de la moitié des combattants, Yahvé exigeait comme sa propre « portion », « un sur cinq cents des gens, du gros bétail, des ânes et du petit bétail ». La part de Yahvé comprenait 32 filles, toutes confiées au prêtre Éléazar pour qu’il les offre à Yahvé. Comment ont-elles été offertes à Yahvé ? La Bible ne le dit pas. Mais nous savons que les animaux ont toujours été servis à Yahvé comme des holocaustes, et le libellé du Nombres 31 ne fait aucune distinction entre les dépouilles humaines et animales, mais insiste plutôt pour les mettre dans le même sac. Il n’y a donc aucune raison de supposer que la « part de Yahvé » des filles vierges a été offerte à Yahvé d’une autre manière que la part de Yahvé des bœufs, ânes et moutons.

Le traitement réservé par le roi David aux habitants de la ville de Rabba est également considéré comme un holocauste : David rassembla tous les prisonniers, et les « coupa avec des scies, des herses de fer et des haches, et les fit passer à travers le four à briques ; et il le fit ainsi pour toutes les villes des fils d’Ammon » (2 Samuel 12:3 et 1 Chroniques 20:3)32. Bien qu’il n’est pas précisé que démembrer et brûler les Ammonites en morceaux était une « offrande à Yahvé », on devine qu’il a apprécié l’odeur.

L’extermination complète des Cananéens (« hommes et femmes, jeunes et vieux ») dans les villes de Jéricho, Makkéda, Libnah, Lachish, Eglon, Hébron, Debir et Hazor dans le Livre de Josué, chapitres 6 à 12, et le même sort réservé aux Amalécites dans 1 Samuel 15, sont aussi les holocaustes dont Yahvé a évidemment été très satisfait.

Le culte de l’Holocauste

L’histoire est l’étude des causes et des effets des décisions et des actions humaines. Mais Israël voit sa propre histoire à travers le prisme biblique de son élection, ce qui le rend aveugle à sa propre responsabilité dans l’hostilité des Gentils. L’histoire est remplacée par la mémoire, substance des légendes et des mythes. C’est pourquoi Yosef Yerushalmi argumente dans son livre Zakhor: Jewish History and Jewish Memory, qu’Israël « a choisi le mythe plutôt que l’histoire ». Cela s’applique à l’Holocauste : « son image se façonne, non pas dans l’enclume de l’historien, mais dans le creuset du romancier »33.

Lorsqu’une tragédie historique ne peut être mise dans une perspective de cause à effet, elle entre dans le domaine de la mythologie. Si elle ne peut être analysée sur un mode rationnel, elle est fantasmée sur un mode religieux. Elie Wiesel peut donc déclarer que l’Holocauste « défie à la fois la connaissance et la description », « ne peut être expliqué ni visualisé », « ne doit jamais être compris ou transmis », « ne peut être transmis », « ne peut être communiqué »34, « quiconque n’a pas vécu l’événement ne peut jamais le savoir. Et celui qui a vécu l’événement ne pourra jamais le révéler pleinement »35.

Ceux qui contrôlent le discours public juif interdisent à quiconque d’exprimer la possibilité que la persécution des juifs puisse avoir certaines causes dans des actes juifs. Comme les Juifs sont, par définition, irréprochables, la violence nazie contre eux était gratuite et donc une manifestation du mal pur et métaphysique : la mèche de cheveux d’Hitler et sa moustache ont remplacé les cornes et la queue du diable comme iconographie populaire.

Dans le domaine de la mythologie, tout est possible. L’imagination des mythographes est la limite. Avec l’Holocauste, même l’inimaginable, l’absurde, l’impossible, le miraculeux doit être cru. Voici, par exemple, comment le célèbre professeur Simon Baron-Cohen – un homme sérieux comparé à son cousin, l’acteur Sacha Baron Cohen – commence son livre « The Science of Evil : On Empathy and the Origins of Cruelty », publié en 2011 par Basic Books :
Quand j’avais sept ans, mon père m’a dit que les nazis avaient transformé les Juifs en abat-jour. Juste un de ces commentaires que vous entendez une fois, et dont la pensée ne s’en va jamais. Pour l’esprit d’un enfant (même d’un adulte), ces deux types de choses ne vont tout simplement pas ensemble. Il m’a aussi dit que les nazis avaient transformé les Juifs en pains de savon. Cela semble incroyable, mais c’est pourtant vrai. Je savais que notre famille était juive, donc cette image de transformer les gens en objets semblait un peu me viser personnellement. Mon père m’a aussi parlé d’une de ses anciennes petites amies, Ruth Goldblatt, dont la mère avait survécu à un camp de concentration. Il avait été présenté à la mère et avait été choqué de découvrir que ses mains étaient inversées. Les scientifiques nazis avaient coupé les mains de Mme Goldblatt, les avaient retournées et les avaient cousues de nouveau de sorte que si elle avait baissé les paumes de ses mains, ses pouces étaient à l’extérieur et ses petits doigts étaient à l’intérieur. Ce n’est qu’une des nombreuses « expériences » qu’ils ont menées. Je me suis rendu compte qu’il y avait un paradoxe au cœur de la nature humaine – les gens pouvaient objectiver les autres – que mon jeune esprit n’était pas encore prêt à comprendre. (…) Aujourd’hui, près d’un demi-siècle après les révélations de mon père sur les comportements humains extrêmes, mon esprit est toujours tendu vers la même question unique : Comment comprendre la cruauté humaine ?36
Contre ceux qui osent soulever des questions de crédibilité, Primo Levi, dont les mémoires « Si c’est un homme » (1947) est (Wikipédia français) considéré comme un pilier de la littérature de l’Holocauste, avec « Nuit » d’Elie Wiesel et « Le Journal d’Anne Frank », a apporté une réponse imparable. Il a écrit dans « Les Naufragés et les rescapés » comment « les SS trouvaient plaisir à en avertir cyniquement les prisonniers » :
De quelque façon que cette guerre finisse, nous l’avons déjà gagnée contre vous ; aucun d’entre vous ne restera pour porter témoignage, mais même si quelques-uns en réchappaient, le monde ne les croira pas. Peut-être y aura-t-il des soupçons, des discussions, des recherches faites par les historiens, mais il n’y aura pas de certitudes parce que nous détruirons les preuves en vous détruisant. Et même s’il devait subsister quelques preuves, et si quelques-uns d’entre vous devaient survivre, les gens diront que les faits que vous racontez sont trop monstrueux pour être crus : ils diront que ce sont des exagérations de la propagande alliée, et ils nous croiront, nous qui nierons tout, et pas vous. L’histoire des Lager, c’est nous qui la dicterons.37
L’Holocauste est maintenant une religion, qui exige la foi et interdit la recherche critique. Pour les Juifs, c’est un substitut efficace au culte de Yahvé. « La religion juive est morte il y a 200 ans. Maintenant, il n’y a rien qui unifie les Juifs du monde entier à part l’Holocauste », a fait remarquer un jour Yeshayahu Leibowitz38. Un sondage Pew Research de 2013 sur le thème « Un portrait des juifs américains » montre qu’à la question « Qu’est-ce qui est essentiel pour être juif ? », « Se souvenir de l’Holocauste » vient en premier pour 73% des répondants, avant « Se soucier d’Israël » et « Observer les lois juives »39.

L’Holocauste est un dieu jaloux. Il n’y pas de musée de la guerre du Vietnam aux États-Unis. Aux Ukrainiens qui voulaient commémorer l’« Holodomor«  – la mort de 7 à 8 millions d’entre eux en 1932-1933 par une famine délibérément provoquée contre les koulaks résistant à la collectivisation – le président israélien Shimon Peres a conseillé, lors de sa visite à Kiev le 25 novembre 2010 : « Oubliez l’Histoire. »40

L’Holocauste est éternel. « Aujourd’hui, nous sommes confrontés, purement et simplement, à un danger d’anéantissement. […] Les gens pensent que la Shoah est terminée mais ce n’est pas le cas. Elle continue tout le temps », proclamait Benzion Netanyahu, le père du Premier ministre israélien41. En Israël, explique Idith Zertal, « Auschwitz n’est pas un événement passé mais un présent menaçant et une option constante »42.
L’Holocauste n’est pas seulement une religion pour les Juifs. Dans certains pays européens comme la France, elle devient une religion d’Etat : le culte est obligatoire à l’école et le blasphème est sévèrement puni. Mais même si le monde entier « se souvient presque quotidiennement de l’Holocauste », tous les hommes ne sont pas égaux dans ce culte. Tout comme Yahvé a séparé le peuple élu du reste de l’humanité, l’Holocauste trace une ligne de démarcation entre les victimes – « le peuple choisi pour la haine universelle », selon les mots de Pinsker43 – et leurs bourreaux – potentiellement le reste du monde. Ainsi, le culte de l’Holocauste s’avère être fonctionnellement interchangeable avec le Yahvisme antique : sa fonction première est d’aliéner les Juifs de l’humanité, de les exiler dans leur exception morbide, et en même temps de les terroriser pour les soumettre à leurs élites. Alors qu’on disait aux Juifs dans le Tanakh de « craindre Yahvé », on les exhorte maintenant à craindre l’Holocauste.

Laurent Guyénot, Historien, est l’auteur de De Yahvé à Sion : Dieu jaloux, peuple élu, terre promise… Le choc des civilisations, 2018 , et JFK-9/11 : 50 ans de Deep State, presse progressiste, 2014

Notes
  1. Abraham Herschel, Israel: An Echo of Eternity, Doubleday, 1969, p. 115
  2. Harry Waton, A Program for the Jews and an Answer to All Anti-Semites, 1939 (archive.org), p. 48
  3. Jeffrey Herf, The Jewish Enemy : Nazi Propaganda During World War II and the Holocaust, Harvard UP, 2006, p. 39
  4. Cité dans Florent Brayard, La « solution finale de la question juive », Fayard, 2004
  5. Jeffrey Herf, The Jewish Enemy, op. cit. p. 78
  6. Reb Moshe Shonfeld, The Holocaust Victims Accuse : Documents and Testimony of Jewish War Criminals, Bnei Yeshivos, 1977, p. 24
  7. Alan Hart, sionisme : The Real Enemy of the Jews, vol. 1 : The False Messiah, Clarity Press, 2009, p. 164
  8. Theodore Kaufman, Germany Must Perish, Argyle Press, 1941 (archive.org), p. 30
  9. « Hitler ne sera rien d’autre qu’un bouton de rose », dit l’auteur de « Germany Must Perish / L’Allemagne doit périr », The Canadian Jewish Chronicle, 26 septembre 1941, cité dans Brandon Martinez, Grand Deceptions: Zionist Intrigue in the 20th and 21st Centuries, Progressive Press, 2014, kindle, k. 226
  10. Louis Nizer, What to do with Germany?, Brentano’s, 1944 (archive.org), p. 98-107
  11. Louis Marschalko, The World Conquerors : The Real War Criminals, 1958 (archive.org), p. 105
  12. Cité dans David Irving, Nuremberg : The Last Battle, Focal Point, 1996, p. 20
  13. John Mulhall, America and the Founding of Israel: An Investigation of the Morality of America’s Role, Deshon, 1995, p. 109
  14. Complete Diaries of Theodore Herzl (1960), vol. 2, p. 581, cité dans Alan Hart, Zionism, The Real Ennemies of the Jews, vol. 1, The False Messiah, Clarity Press, 2009, p. 163. Les 5 volumes complets des répertoires de Herzl se trouvent sur archive.org
  15. Lenni Brenner, Le sionisme à l’ère des dictateurs, Lawrence Hill & Co, 1983
  16. Lucy Dawidowicz, A Holocaust Reader, Behrman House, 1976, p. 150-155
  17. Cité dans Israel Shahak, Jewish History, Jewish Religion: The Weight of Three Thousand Years, Pluto Press, 1994, p. 86
  18. Harry Waton, A Program for the Jews, op. cit. p. 54
  19. Lenni Brenner, 51 Documents: Zionist Collaboration with the Nazis, Barricade Books, 2002, pp. 7-20
  20. Cité dans Heinz Höhne, The Order of the Death’s Head: The Story of Hitler’s SS, Penguin Books, 2001, p. 133
  21. Tom Segev, The Seventh Million: The Israelis and the Holocaust, Hill et Wang, 1993
  22. Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal (1963), Gallimard, « Folio/histoire », 1997, p. 136
  23. Adolf Hitler, Mein Kampf, Reynal & Hitchcock, 1941 (archive.org), pp. 447-448
  24. Toutes les citations bibliques de la Bible de la Nouvelle Jérusalem, www.catholic.org/bible
  25. Norman Cantor, The Sacred Chain : The History of the Jews, Harper Perennial, 1995, pp. 55-61
  26. Karl Budde, Religion of Israel to the Exile, New York, 1899 (archive.org), p. 82
  27. Benzion Netanyahu, The Founding Fathers of Zionism (1938), Balfour Books, 2012, enflammé 2203-7
  28. Cité dans Edgar Morin, Le Monde moderne et la question juive, Seuil, 2006
  29. Jean-Paul Sartre, Réflexions sur la question juive (1946), Gallimard, 1985, p. 183
  30. Leon Pinsker, Auto-Emancipation : An Appeal to His People by a Russian Jew (1882), sur  https://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Zionism/pinsker.html
  31. Henry Miller, Tropic of Cancer, cité dans Josh Lambert, Unclean Lips : Obscenity, Jews, and American Culture, New York UP, 2013, p. 125
  32. J’ai confondu les deux récits presque identiques du même épisode dans 2 Samuel 12:31 et 1 Chroniques 20:3
  33. Yosef Hayim Yerushalmi, Zakhor : Jewish History and Jewish Memory (1982), University of Washington Press, 2011, p. 530-35 et 1846-78
  34. Norman Finkelstein, The Holocaust Industry: Reflections on the Exploitation of Jewish Suffering, Verso, 2014, p. 47
  35. Cité dans Tim Cole, Selling the Holocaust : From Auschwitz to Schindler: How History is Bought, Packaged, and Sold, Routledge, 1999, p. 16
  36. Simon Baron-Cohen, The Science of Evil : On Empathy and the Origins of Cruelty, Basic Books, 2011. Ce passage est tiré de l’édition kindle (108-150), et peut également être lu sur l’édition en ligne sur archive.org, ou en « regardant à l’intérieur » sur Amazon l’édition intitulée Zero Degrees of Empathy chez Penguin. Mais, comme j’ai eu du mal à croire ce que j’ai lu, j’ai aussi « consulté » d’autres éditions d’Amazon, et j’ai eu la surprise de voir que l’auteur a modifié ce passage dans une nouvelle édition 2012 de Basic Books, en supprimant la phrase « ça semble incroyable, mais c’est vrai », et en requalifiant les histoires de savons et abat-jour en « rumeurs ». Pourtant, il s’en tient à sa croyance dans le miracle chirurgical des mains inversées. Ce passage est même reproduit, sous une forme légèrement modifiée, dans le New York Times
  37. Primo Levi, Les Naufragés et les rescapés. Quarante ans après Auschwitz, Gallimard, 1989, p. 11
  38. Rapporté par Uri Avnery en 2005, cité dans Gilad Atzmon, The Wandering Who ? A Study of Jewish Identity Politics, Zero Books, 2011, pp. 161-162
  39. « A Portrait of Jewish Americans », sur www.pewforum.org
  40. Alexander Motyl, « Ukrainians and Jews… », 15 avril 2011, worldaffairsjournal.org
  41. Cité dans Alan Hart, Zionism : The Real Enemy of the Jews, vol. 3 : Conflict Without End ? Clarity Press, 2010, p. 364
  42. Idith Zertal, Israel’s Holocaust and the Politics of Nationhood, Cambridge University Press, 2010, p. 4
  43. Leon Pinsker, Auto-Emancipation, op. cit. sur http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Zionism/pinsker.html

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