mercredi 11 janvier 2017

Prévisions 2017 : La sortie de route est devant nous

Article original de James Howard Kunstler, publié le 1er janvier 2017 sur le site kunstler.com
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr



Il n’y a pas d’autre effort dans lequel les hommes et les femmes d’un niveau intellectuel supérieur aient montré autant de mépris total pour le raisonnement complexe qu’au sujet de la politique monétaire. – David Collum

 

La situation américaine

En dehors de tous les mauvais sentiments au sujet de l’élection, une constante visible depuis le 8 novembre est l’enthousiasme Ayn Randienne qui infecte la scène monétaire. Wall Street et les grandes entreprises croient que le pays a traversé un portail magique vers une nouvelle ère de guerriers héroïques-hommes d’affaires (Trump, Rex T, Mnuchin, Wilbur Ross, et al.), qui vont créer des richesses incalculables avec des affaires super avisées et défaire l’esprit incohérent et auto défaitiste du régime détesté de régulation technocratique de l’État profond de ces dernières années. Les principaux signes dans le ciel, disent-ils, sont la pénétration presque virile du Dow Jones, le navire amiral de la Bourse, au dessus des 20 000 points et la montée en flèche du Roi Dollar pour conforter sa suprématie dans l’espace monétaire mondial.

Je déteste participer au lynchage de cette parade maniaque, mais, pour le dire gentiment, la psychologie de la foule dépasse l’expérience et la réalité. Nous allons proposer quelques hypothèses concernant ce nirvana trompeur prétendument à venir.

Le récit actuel tisse l’espoir que l’industrie manufacturière reviendra aux États-Unis avec tous les avantages sociaux des années 1960, ses emplois très bien payés pour les cols bleus ainsi qu’une orgie d’infrastructures. Je pense que les deux idées sont viciées, même en supposant que les intentions soient bonnes. D’abord la plupart des usines sont soit encore debout mais dans un champ de ruines soit ont disparu du paysage. Donc, ce n’est pas comme si nous allions réactiver le géant endormi de nos capacité de production. De nouvelles usines à la fine pointe de la technologie exigeraient un Everest d’investissement de capital privé qui est tout simplement impossible à mobiliser dans un système déjà optimisé jusqu’à la glotte. Même si nous devions essayer d’y parvenir par le biais d’une sorte de force volontariste de la planification et de financement centralisé au niveau du gouvernement – en mode soviétique – il n’y a pas de moyen concevable de lever l’argent sans détruire la valeur de notre argent. Et le système bancaire avec lui.

Si, par magie, de toutes nouvelles capacités industrielles étaient construites, la majeure partie du travail serait assurée par la robotique, pas par des hommes musculeux en chemises bleues, et certainement pas pour l’équivalent de l’ancien salaire de 35$ de l’heure dans une chaîne d’assemblage, négocié par l’ancien syndicat United Auto Workers. Nous n’avons pas accepté le fait que la fête manufacturière fondée sur les combustibles fossiles était une situation ponctuelle due à des circonstances historiques spéciales et qu’elle ne sera pas répétée. L’avenir de la production aux États-Unis est effroyablement modeste. Nous serons réellement chanceux si nous pouvons produire quelques nécessités vitales au moyen de l’énergie hydro-électrique ou indirectement liée à l’eau. Ce sera à peu près tout ce qu’on pourra faire. Certains d’entre vous peuvent reconnaître le scénario de World Made By Hand. J’en suis malade.

De même pour les dépenses d’« infrastructure » vantées par les équipes de Trump comme la panacée à venir pour le malaise économique. Je soupçonne que la plupart des gens supposent que cela signifie un stimulus de milliers de milliards de dollars dépensés sur les routes et leurs accessoires. Eh bien, cela suppose également que nous nous attendions à une autre cinquantaine d’années de Happy Motoring et de vie de banlieue. On peut rêver. Nous sommes au crépuscule de l’automobile quelle que soit la façon dont vous tournez le problème, malgré tout le bavardage sur les voitures électriques « sans conducteur ». Nous n’aurons pas la capacité électrique de nous passer de la flotte de voiture du Happy Motoring roulant à l’essence. L’industrie pétrolière elle-même se dirige déjà vers l’effondrement de son EROEI. Et nos problèmes avec l’argent et la dette sont tellement graves que le paradigme automobile est plus enclin à échouer sur la base de la pénurie de prêts automobiles et d’emprunts indésirables avant même que les questions de ravitaillement pétroliers ne frappent. Chaque année, moins d’Américains peuvent se permettre d’acheter un quelconque type de voiture – de la façon dont ils sont habitués à les acheter, sur des prêts échelonnés. L’industrie a atteint la limite pour les aider – il existe des prêts de sept ans pour des voitures d’occasion ! – mais ils n’ont plus de marge de manœuvre. Le système de financement automobile est brisé. Gardez à l’esprit que la suburbanisation originale de l’Amérique au XXe siècle – avec ses accessoires automobiles – doit être considérée comme la plus grande affectation des ressources dans l’histoire du monde. Ainsi, une reconstitution de toutes ces choses représenterait un plus gros effort et serait peut-être même un investissement encore plus mauvais. Nous aurions pu dédier notre trésor après la Seconde Guerre mondiale à la construction de belles villes adaptées à la marche avec une certaine capacité de réutilisation adaptative, mais nous avons balayé ce choix pour profiter de la vie dans un tourbillon unique de démolition. La vie est tragique. Les sociétés font parfois de mauvais choix, puis doivent en payer les conséquences.

Nous aurions peut-être aussi été en meilleure forme si, il y a vingt ans, nous avions entrepris une reconstruction majeure de notre infrastructure ferroviaire. Mais nous avons balayé cela aussi, et bientôt il sera très difficile de traverser ce pays géographiquement grand par tout moyen mécanique. Il est peut-être trop tard maintenant pour faire quelque chose à ce sujet pour les raisons de financement déjà abordées – et que je vais développer plus loin. Le résultat final est que le président Donald Trump sera submergé par un océan de problèmes financiers dès le départ, et voici pourquoi.

Bouc émissaire désigné

Le peuple américain a été maltraité par son propre gouvernement et sa banque centrale, la Réserve fédérale, pendant des années, et le piège est maintenant en place. En 2017, tous deux perdront leur autorité et leur légitimité, une question très grave pour la survie de cette république.

Les initiés ont certainement vu cela venir depuis longtemps. Les gens qui dirigent ce soi-disant État profond avec ses institutions trop nombreuses et surdimensionnées ont probablement agi d’abord avec les bonnes intentions de maintenir le mode de vie national à flot. Mais à la fin (qui s’approche maintenant), ils se sont abaissés à trop de duplicité et de tromperie dans la tentative désespérée non seulement de préserver le système, mais de protéger leur propre réputation et leurs avantages personnels. Et maintenant, avec l’élection de 2016, on devrait se poser la question de savoir s’ils ont conçu toute cette fragilité du système pour la faire sauter au nez de M. Trump, pour l’accuser de cela. Il aurait explosé quand même. Mais si Hillary Clinton avait remporté l’élection, au moins le gang responsable aurait dû en prendre le blâme – les responsables de ces vingt dernières années. Au lieu de cela, c’est Donald Trump qui a été élu bouc émissaire.

À propos de cette « bonne grosse horrible bulle » et de ses conséquences

Partie 1 : Leçon d’histoire

Les États-Unis ont manqué de capacité de croissance vers le tournant du millénaire parce que nous étions à court d’énergie pas chère pour gérer notre économie techno-industrielle. C’était difficile à voir avec cette apparence d’abondance de pétrole disponible. Et, bien sûr, la fête de la technologie était en plein essor, mais pour attirer les capitaux réels décroissants dans le but de financer ces technologies, d’autres choses plus anciennes ont dû être arrêtées et l’ont été. Et quand tout a été organisé et fait, on s’est rendu compte que les ordinateurs ne généraient pas beaucoup de richesses ou de valeurs sociales. En fait, les rendements décroissants et les effets de la technologie informatique sont sans doute plus dommageables que bénéfiques pour la société et son économie. Regardez où la classe moyenne en est aujourd’hui. La technologie de l’informatique a donné une apparence magique de croissance tout en sapant l’économie.

Par l’énergie abordable, je veux dire une énergie avec un EROEI de plus de 30 pour un, qui est le ratio dont vous avez besoin pour le genre de vie que nous menons. C’est ce que l’histoire ridiculisée du PeakOil était vraiment : pas une question de manque de pétrole, mais un manque de dollars pour tirer le reste du pétrole de la terre afin de maintenir notre niveau de vie. Je reviendrai sur ce point plus en détail plus tard. Mais c’est ce qui a provoqué le malaise économique de l’Amérique en ce début de XXIe siècle. Tout ce que nous avons fait en finance depuis lors a été une tentative pour compenser notre problème fondamental de dette – emprunter sur l’avenir pour maintenir notre niveau de vie actuel (inabordable). Notre dette est de plus en plus grande chaque année et nos méthodes de gestion sont devenues plus désespérées et malhonnêtes.

La banque centrale de l’Amérique, la Réserve fédérale, qui n’est pas une agence gouvernementale comme elle en à l’air, mais un consortium des plus grandes banques privées du pays, connu dernièrement sous le nom de Too-Big-To-Fail. La Fed a été créée en 1913, lorsque les complexités du financement des capitaux se sont multiplié parallèlement aux complexités de la production industrielle qui, rappelons-le, était un phénomène nouveau et en évolution de l’histoire humaine. L’humanité n’avait aucune expérience antérieure de la production industrielle. Nous avons découvert vers la fin du XIXe siècle – des décennies de croissance industrielle sans précédent – que la dynamique du système produisait des booms accompagnés d’effondrements très destructeurs. Les opérations des banques dépassaient habituellement les cycles du commerce, de l’industrie et de la guerre qui coloraient l’évolution de la modernité. La Fed a donc été créée pour lisser ces cycles. Elle avait deux mandats fondamentaux pour cela : agir en tant que prêteur de dernier recours entre les banques pendant les paniques financières afin que l’argent soit toujours disponible en cas d’urgence ; et stabiliser la masse monétaire et des prix dans le système. La Fed a échoué de manière spectaculaire pour lisser les cycles des booms et des baisses et maintenir la valeur du dollar au fil du temps.
Seize ans après la création de la Fed, l’Amérique est entrée dans son pire ralentissement économique jamais vu, la Grande Dépression, qui n’a été atténué  que par l’anomalie colossale de la Deuxième Guerre mondiale. L’Amérique a émergé de cet épisode comme la dernière société industrielle au milieu des ruines brûlantes du monde. Cela nous a donné un avantage extraordinaire dans le commerce mondial qui a duré environ trente ans. Cette marée haute de l’ère de la « normalité » apparente – les années 1950 et 1960, dont les esprits trumpiens pourraient se rappeler comme « grande » – a commencé à se défaire dans les années 1970, qui n’étaient pas par hasard le moment du pic de la production pétrolière américaine.

En 1977, la Fed a reçu une troisième mission consistant à promouvoir le maximum d’emplois avec un kit d’outils pour manipuler la masse monétaire et la création de crédits, qui se sont révélés mortellement perfides. Cette nouvelle tâche a élevé les fonctionnaires de la Fed, et surtout son président, au statut de vizirs – magiciens utilisant des modèles et des formules mathématiques occultes – pour lancer des sorts capables de contrôler la macroéconomie comme on pense que les sorciers contrôlent la réalité extérieure. Leurs prétentions ont semblé fonctionner pour des raisons sans rapport avec les sorts qu’ils apprenaient à jeter.
Il est encore largement méconnu que l’Amérique s’est remise du désordre financier des années 1970 non pas à cause des charmes des « Reaganomics », mais grâce aux dernières découvertes géantes de pétrole, avec un EROEI de plus de 30 pour un, qui ont été mis en production dans les années 1980 : le versant nord de l’Alaska, la Grande-Bretagne et les champs de la mer du Nord, la Norvège et la Sibérie. Cela a permis aux États-Unis et à l’Occident de rallonger largement la fête techno-industrielle vingt ans de plus. Lorsque cette corne d’abondance s’est effritée vers l’an 2000, le système a de nouveau vacillé et les vizirs de la Fed ont accéléré leurs opérations magiques, dirigées par le Grand Vizir (ou « Maestro ») Alan Greenspan, qui a travaillé les barres de contrôle des taux d’intérêt comme si le système financier était un grand orgue avec des tubes actionnés par l’énergie nucléaire qui pouvait être remontés et abaissés grâce au merveilleux panneau de contrôle de la Fed. Cette période de féerie a été caractérisée par un système financier toujours plus complexe, par une fragilité systémique croissante, par une fraude comptable systématique et par des bulles et des baisses toujours plus importantes. La déréglementation, en particulier l’abrogation de 1998 de la loi Glass-Steagall de 1932, a scellé le destin financier de l’Amérique.

La dette était la viande et les pommes de terre de la magie de la Fed, mais sa « sauce secrète » était la fraude sous forme d’interventions sur le marché, de manipulations, de négligence réglementaire et de mensonges systématiques sur les chiffres qui définissaient l’économie. Il s’agissait d’un racket financier nationalisé. Sous la direction des Grands Vizirs qui se sont succédé de Greenspan à Ben Bernanke, la fraude aux contrôles (employant l’autorité officielle pour cacher l’inconduite) a été perfectionnée par des cadres bancaires, dégénérant dans le fiasco des titres hypothécaires de 2008 qui a abattu le marché de l’immobilier et l’économie. (Le marché de l’immobilier, en passant, était composé principalement de maisons de banlieue, condition sine qua non de la plus grande affectation de ressources dans l’histoire du monde.)
Bien sûr, personne n’a payé de peines de prisons toute cette inconduite, à part l’artiste fou du Ponzi, Bernie Madoff, et quelques autres petits poissons. Les régulateurs ont regardé de l’autre côté, sur les ordres de leurs patrons. Contrairement à la précédente crise des banques d’épargne et de prêt de la fin des années 1980, aucun des principaux agents bancaires n’a été mis en prison. Les dégâts de l’accident de 2008 ont été épiques et jamais réparés, seulement cachés par plus de dettes, plus de tromperies, et plus de rackets.
Le remède supposé, la Loi Dodd-Frank de 2010, était une couverture pour la fraude continue et omniprésente et la « capture » institutionnelle du gouvernement par le secteur bancaire et ses servants, véritable fusion fasciste des banques et du gouvernement, machine à escroquer où tout est permis et rien ne compte. Les fraudes n’ont été réorientées depuis 2008 que vers des prêts étudiants, des prêts automobiles, des contrats de rachat d’actions, des rachats d’arbitrage sur devises, des dépôts d’actifs de capital-investissement et la gigantesque boîte noire d’échange/négociation de produits dérivés.

Partie 2 : 2017, l’année de la vie dans l’anxiété

Sous la houlette du successeur de Bernanke, la professeure Janet Yellen de l’Université Berkeley de Californie, l’accent a été mis sur la politique de la Fed avec un jeu élaboré de « dépendance aux données » en traînant les pieds – beaucoup de discours sans action – avec des données elles-mêmes en grande partie frauduleuses sur l’emploi et le PIB, le tout censé déterminer la hausse ou la baisse de la politique des taux d’intérêt. En bref, le racket continue tandis que les autorités tremblent devant les dilemmes accumulés et maintenant inéluctables de cette dette qui mène de plus en plus certainement à l’effondrement systémique.
Pensez-y : la Fed est complètement le nez dans son caca. Elle est terrifiée par les conditions qu’elle a mises en place et elle n’a aucune idée de ce qu’il faut faire ensuite. Les « données » dont elle prétend tellement dépendre sont artificiellement fausses. Le chiffre officiel du chômage annoncé par le gouvernement à Noël 2016 était de 4,6%. C’est un mensonge habillé. Les 4,6% ne comprennent pas les 95 millions de personnes hors de la population active, la plupart d’entre elles sont valides et sont tout simplement en fin de droits ou ont abandonné la recherche d’un travail. Cela ne tient pas non plus compte du fait que près de 90% des nouveaux emplois créés sont des emplois à temps partiel, dont beaucoup sont détenus par des personnes qui travaillent sur plusieurs emplois (parce qu’elles doivent payer les factures). Cela ne décrit pas non plus la qualité des emplois créés (salaire minimum).

Ce chiffre de 4,6% de chômage est le principal pilier des « données » de la Fed. Elle l’interprète comme signifiant que l’économie est rugissante et en pleine confiance. Ils mentent à ce sujet, bien sûr. Ils sont en train de racoler en permanence sur la « reprise » (depuis le crash de 2008) et annonçent un programme de « normalisation » des taux d’intérêt à la hausse de deux ans. En 2015, ils n’ont rien fait jusqu’à la dernière réunion de la Fed de l’année où ils ont soulevé le taux des fonds fédéraux de 25 points de base (c’est un maigre quart de point). Ils l’ont relevé, ont-ils dit, parce qu’ils étaient « confiants » dans l’économie. Non, ce n’est pas la raison. Ils l’ont fait parce qu’ils en ont parlé toute l’année sans rien faire et que leur crédibilité était en cause. Ils ont également promis quatre hausses de taux en 2016, qu’ils ont ensuite évité de réaliser.
Après cette hausse des taux de décembre 2015, les marchés boursiers ont fléchi de 10%. Au printemps, les marchés ont semblé rebondir, donc la Fed a recommencé à parler de nouvelles hausses de taux. Ils en ont parlé toute l’année sans agir, un acte impressionnant de fausse nouvelle. Le vote surprise du Brexit leur a donné des sueurs froides. Ils se sont couchés. Pendant ce temps, la saison électorale américaine était en cours. La Fed le nie, mais ils n’ont pas relevé les taux d’intérêt pendant onze mois en 2016 uniquement parce qu’ils voulaient faire en sorte que l’administration démocrate s’en sorte bien et en tête du vote de novembre car ils savaient que l’économie était fragile. Une fois Hillary élue, ils étaient déterminés à l’introduire à la Maison Blanche sur une marée montante  de bonnes nouvelles économiques… fausses.
Quand elle a perdu l’élection, les marchés boursiers ont surpris tout le monde en entrant dans le rallye haussier de la Trumpxuberance. C’est une belle histoire pour le bavardage des médias, absurdement simple, basée sur l’espoir que les Trumponomics vont relancer les affaires. Plus d’informations ci-dessous.

Les marchés boursiers fous étaient un pilier secondaire de la vision économique mondiale de la Fed. La poussée post-électorale du Dow Jones de 2000 points, ainsi que le taux de chômage historiquement bas de 4.6%, a donné à la Fed, le 15 décembre, un prétexte pour faire la même chose qu’ils avaient faite l’année précédente : couvrir leurs fesses et préserver une certaine crédibilité en montant le taux de base de la Fed d’un quart de point. On pourrait penser que s’ils étaient vraiment confiants dans l’économie – surtout compte tenu du rallye de fin d’année – ils se seraient risqués à l’augmenter d’un demi point ou plus. Ils ne sont pas confiants. Ils mentent en croisant les doigts.

Le taux de base de la Fed est une chose. La Fed ne contrôle pas directement les taux d’intérêt sur les obligations du Trésor des États-Unis, et ces derniers ont connu une hausse spectaculaire au cours de la deuxième moitié de 2016. Le taux crucial des bons du Trésor à dix ans a doublé depuis l’été. Parce que les valeurs obligataires se déplacent inversement aux taux des obligations, le prix des bons du Trésor a coulé, induisant des milliards de dollars de pertes pour les détenteurs d’obligations dans le monde entier. Le marché obligataire est beaucoup plus grand que les marchés boursiers. Les obligations sont dans un marché haussier depuis le début des années 1980 et cette bulle s’est retournée à la mi-2016. Un marché baissier est maintenant en place, ce qui signifie que les détenteurs d’obligations vont se débarrasser des leurs. La Chine et l’Arabie saoudite sont parmi les principaux vendeurs de ces bons du Trésor américain et elles ont besoin de leur argent pour une raison ou une autre. Elles vont en vendre davantage en 2017 parce que les deux pays sont dans de graves difficultés économiques. Trop de vendeurs d’obligations et pas assez d’acheteurs sur le marché entraînent des taux d’intérêt en hausse. Les prix de ces obligations ont beaucoup de place pour monter, car les prix sont partis presque de zéro. En conséquence, leur valeur a un long chemin potentiel de baisse.

Les obligations, bien sûr, représentent la dette. La dette totale des États-Unis a doublé sous le président Obama de l’ordre de dix à vingt mille milliards de dollars (comme elle avait doublée sous Bush de cinq à dix mille milliards de dollars). La raison, comme nous l’avons dit plus haut, est que nous ne produisons pas suffisamment de  richesse pour couvrir le coût de notre mode de vie national, donc nous devons emprunter continuellement un volume toujours plus grand. Chaque année, le Trésor doit payer des intérêts sur toute cette dette. C’est beaucoup d’argent. Cette année, avec des taux d’intérêt commençant à des niveaux historiquement bas (jamais vus dans l’histoire connue), le Trésor a payé plus de mille milliards de dollars d’intérêts. Soit dit en passant, le gouvernement emprunte aussi de l’argent pour effectuer ces paiements d’intérêts. Une hausse des taux d’intérêt de 1%, conduirait la dette américaine annuelle à grandir de 190 milliards de dollars. Comme le regrettait le grand sénateur Everett Dirkson (R-Ill) : « … mille milliards ici, mille milliards là, tôt ou tard vous parlez d’argent réel ».

Une forte hausse du taux d’intérêt sur les bons du Trésor à dix ans sera un coup de tonnerre dans le système. Beaucoup d’autres taux d’intérêt de base sont rattachés au taux des obligations à dix ans, en particulier ceux des prêts hypothécaires dans l’immobilier, des locations d’appartements (les propriétaires ont des hypothèques) et des paiements de voitures. Lorsque le taux des obligations à dix ans augmente, il en va de même pour les paiements hypothécaires. Lorsque les taux hypothécaires augmentent, les prix des maisons baissent, parce que moins de gens sont en mesure d’acheter une maison à des taux hypothécaires plus élevés et les loyers augmentent (plus de concurrence entre les gens qui ne peuvent pas acheter une maison). La politique des taux d’intérêt à zéro (ZIRP), en vigueur depuis dix ans, a amené les prix des logements à des niveaux stratosphériques. Ils sont maintenant prêts à tomber, peut-être sévèrement, laissant de nombreux propriétaires « sous l’eau », avec des maisons valant beaucoup moins sur le marché que le montant de l’hypothèque qui leur reste à payer. Le marché du refinancement est mort. Les mises en chantier ont déjà baissé de 19% en novembre. Les ventes d’automobiles se délitent. Le nombre de fabricants et de détaillants est en baisse à la fin de l’exercice. Quoi de neuf : du stock, du stock, du stock.

Pourtant, les investisseurs n’ont pas pris leur profit habituel de fin d’année dans l’espoir que Trump réduirait les impôts sur les gains sur le capital en 2017, alors pourquoi vendre maintenant ? Vous pouvez attendre jusqu’au 3 Janvier 2017 pour vendre, et ainsi ne pas avoir à payer l’impôt sur vos bénéfices avant avril 2018. Les investisseurs commenceront-ils à vendre lors des premiers jours de Bourse de 2017 ? Je le pense. Et cette vente engendrera-t-elle une ruée vers la sortie ? Et que se passera-t-il si le taux d’intérêt sur les obligations à dix ans atteint 3% (ce n’est pas si loin) ? Ou peut-être même 4% ? Ce qui va arriver, c’est que les marchés boursiers vont baisser au premier trimestre de 2017. Ma prévision est 20% de moins sur le S&P. Ce sera seulement un aperçu des attractions à venir une fois que Trump aura mis ses mitaines sur les leviers de pouvoir. Un accident encore plus important plus tard dans l’année ?

Pourquoi Trump ne peut pas devenir Reagan

Quand Reagan est entré en fonction en 1981, l’inflation était en grande partie due aux effets des crises pétrolières de 1973 et 1979, qui avaient produit la « stagflation » qui a pris de court les modèles des économistes régnants (ils ne savaient rien sur la relation entre la dynamique énergétique et la formation du capital). Le taux de la Fed était presque de 20% en 1981. Il y avait beaucoup de place pour aller vers le bas. La dette nationale était inférieure à mille milliards (Reagan finit par atteindre un record de 2800 milliards de dollars). Reagan a été en mesure de supporter une forte récession au début de son premier mandat – et l’économie vaudou lui a fait passer tout le reste de son mandat au chaud, avec une « normalisation » de l’inflation et des intérêts – comme mentionné précédemment, il a pu profiter du boom des dernières grandes découvertes de pétrole non-OPEP qui sont venues égailler ses deux mandats, ce qui a accéléré l’activité économique et la croissance.

Aujourd’hui, les États-Unis sont dans le trou et Trump arrive sur scène sans marge de manœuvre. Trop de dettes ne peuvent être gérées que si les taux d’intérêt sont maintenus faibles. Tout le monde, dans le monde entier, se met à vendre des bons du Trésor américain. Avec un marché des obligations baissier, la Fed en tant qu’acheteur de dernier recours devra absorber tout ce qui vient sur le marché pour empêcher la hausse des taux d’intérêt sur dix ans au delà des 3%, mais même cela pourrait ne pas l’empêcher. Le plan de relance de l’infrastructure triomphante de Trump sera impossible à réaliser sans que la Fed ne monétise la dette nécessaire. Donc, le stimulus implique des déficits plus importants, ce qui signifie plus de dette ajoutée que personne ne veut acheter. Le résultat en sera l’inflation et donc une nouvelle pression à la hausse sur les taux d’intérêt. Des taux d’intérêt plus élevés, à leur tour, auront un impact négatif sur l’activité économique, réduisant les recettes fiscales, induisant des déséquilibres budgétaires plus importants et une instabilité accrue.

Trump peut même ne jamais obtenir le stimulus qu’il cherche. Le Congrès contrôlé par les Républicains a promis de ne pas augmenter la dette nationale. Comment Trump peut-il remplir sa promesse de réduire les impôts et de stimuler sans accroître énormément la dette ? S’il y a une guerre sur les dépenses entre Trump et le Congrès, le Congrès est susceptible de gagner, car il contrôle les cordons budgétaires. Bien sûr, Donald Trump ne peut pas imaginer de ne pas gagner. Les hostilités entre eux peuvent devenir permanentes au début de son règne et entraîner une paralysie encore plus dangereuse de la gouvernance.

Aussi au début de 2017, la Fed va abandonner sa phraséologie sur « le pointillisme » des nouvelles hausses des taux d’intérêt. Elle peut également perdre sa crédibilité dans le processus. Le système ne peut pas supporter la pression de trois hausses de taux d’intérêt en 2017. Il se peut que Janet Yellen ne relève le taux de la fed que de 0,5% au total sur deux ans uniquement pour être en mesure de l’abaisser à nouveau lorsque l’économie réelle finira par couler sous cette pression incessante des chicaneries de la banque centrale. Au deuxième trimestre de 2017, après un plongeon de 20%, la Fed va commencer à faire des bruits autour d’un Quantitative Easing 4 (QE), ou fera cuire un autre programme qui accomplira la même chose sous un nouveau label culinaire. Plus de QE (ou quelque chose comme ça) va conduire le dollar vers le bas et le retour de l’or. Le marché du logement « va finir dans les toilettes » et le reste de l’économie le suivra dans la chasse d’eau. À la fin de la première année d’activité de Trump, il y aura une autre plus grande décompression sur les marchés boursiers après la baisse initiale de 20% au premier trimestre. L’Amérique redeviendra grande à nouveau, tout va bien : nous allons entrer dans une dépression plus grande que la Grande Dépression des années 1930.


Mesures désespérées

L’une des autres grandes et sombres tendances de l’année écoulée a été le branle-bas le combat des gouvernements du monde entier – et aussi des économistes / nécromanciens qui les conseillent – pour interdire l’argent liquide afin de regrouper tous les citoyens dans un système bancaire numérique qui permettra aux autorités de suivre toutes les transactions financières et d’aspirer chaque cent d’impôt possible dans les coffres nationaux. Ce serait aussi une occasion pour la cabale des banques et des gouvernements d’imposer des taux d’intérêt négatifs (NIRP) sur les comptes bancaires pour que l’argent pénétrant dans le système numérique puisse être « taxé » de façon subreptice en chargeant les titulaires de comptes. Il est un peu difficile de voir comment cela pourrait se produire maintenant dans un environnement de taux qui globalement remontent, mais ce serait le pendant naturel à l’interdiction de l’argent liquide – et un QE agressif renouvelé (QE pour toujours !) pourrait faire l’affaire.

L’économiste de Harvard, Kenneth Rogoff, a écrit un livre sur la malédiction de l’argent, Princeton University Press, 2016, un argumentaire mensonger selon lequel l’argent comptant ne ferait que permettre aux narcotrafiquants et aux terroristes d’opérer et ne serait pas indispensable dans une économie régulière. Rogoff semblait être à la recherche du poste au Trésor dans le cabinet de Hillary, et cela aurait parfaitement coïncidé avec cette attaque totalitaire sur la liberté financière du public – mais, comme nous le savons, Hillary n’a pas eu son poste non plus.

Les efforts visant à éliminer les liquidités sont déjà en cours dans le monde. L’UE a officiellement supprimé le billet de 500 € de la circulation. Le collègue de Harvard de Ken Rogoff, Larry Summers, demandait l’abolition du billet de 100 $ il y a un an. La Suède apprend avec succès à son peuple à sortir de la couronne sous forme de monnaie papier. Le premier ministre indien, Narendra Modi, a pris tout le monde par surprise en novembre en interdisant les billets de 1000 et de 500 roupies (14 $ et 7 $), et a jeté l’économie de l’Inde dans une crise d’épilepsie. L’idée était de discipliner les fraudeurs aux impôts qui opèrent dans une économie du cash. L’attrait était que plus de 85% de l’économie de l’Inde fonctionne sur la base du cash et parmi eux, les personnes trop pauvres pour avoir des comptes bancaires et des cartes de crédit – y compris des millions de chauffeurs de camions et de travailleurs ordinaires.

Naturellement, l’économie indienne s’est bloquée. Personne ne pouvait plus être payé. Les aliments ont pourri dans des camions bloqués sur la route. Les retraits aux distributeurs étaient limités à quelques jours de vie normale. Les citoyens ne pouvaient même pas échanger leurs billets de 1 000 et de 500 roupies auprès des banques sans passer par un lourd et fastidieux chemin bureaucratique, y compris les empreintes digitales et la soumission à des dossiers fiscaux. Le processus a conduit à décourager de longues files d’attente de se former devant les banques, et a probablement été conçu pour décourager l’échange des billets de 1000 et 500 roupies au lieu de seulement les retirer de la circulation – ce qui signifie que beaucoup de pauvres ont perdu les quelques économies qu’ils avaient pour les coups durs.

Il est difficile de voir le gouvernement des États-Unis interdire l’argent aussi maladroitement qu’en Inde, mais ils ont d’autres moyens de regrouper les multitudes dans la boîte noire de la banque entièrement numérique. L’auteur financier James Rickards appelle cela le programme Ice-Nine, en référence à l’isotope de l’eau dans le roman de science-fiction de Kurt Vonnegut Cat’s Cradle qui gèle le monde dans une réaction en chaîne horrifiante. Le cauchemar financier de Rickards, Ice-Nine, inclurait des fonctionnalités telles que le gel des comptes bancaires, le renflouement des banques (confiscation de comptes), les restrictions sur les retraits dans les guichets automatiques et le « contrôle » des fonds d’investissement. Ice-Nine serait invoqué dans une situation d’urgence bancaire – disons, un « accident » sur les dérivés qui attraperait un géant Too-Big-Too-Fail, ou vraiment tout ce qui provoquerait des failles extrêmes dans le système financier mondial ultra-fragile que les élites ont bricolé ensemble pour empêcher la barge des ordures de la finance globale de couler. Dans son récent ouvrage, La Route vers la ruine, Rickards rappelle aux lecteurs que l’état d’urgence signé par Bush deux jours après le 11 septembre est demeuré en vigueur sous Obama, de sorte que l’Amérique est « à un seul coup de téléphone de la loi martiale ».

Une autre méthode pour priver les citoyens de leur liberté financière serait pour le gouvernement de déclarer que les comptes d’actifs pour les retraites doivent contenir un pourcentage fixe de bonds du Trésor américain – une fois de plus enfermant les gens dans un corral financier contre leur volonté – afin de soutenir la valeur des emprunts obligataires et la compression des taux d’intérêt. David McAlvany (écouter son excellent podcast ici) fait une analyse intéressante disant que si enfermer le public dans un corral financier numérique était un ingrédient clé pour « rendre sa grandeur a l’Amérique », qui pourrait objecter à cela ? Parce que maintenant vous seriez opposé à la grandeur américaine ! Trump a hérité d’un problème bien plus important que celui de Barack Obama en 2009. Obama avait encore suffisamment de savon doux dans la machine pour faire exploser davantage de bulles. Trump arrive sur la scène avec la machine à bulle soufflant des sortilèges. Il sera accablé par le désordre financier en 2017 et alors le centre d’intérêt de la nation se tournera vers une scène politique tumultueuse.

Ensauvagement des rues

Le public est tout simplement énervé, et reste très tendu après la victoire de Trump. La colère des gens a fermenté pendant des décennies pendant que leurs perspectives économiques diminuaient et ils ont commencé à comprendre comment tout a travaillé contre eux. La classe moyenne accablée pourrait avoir connu le frisson temporaire de l’élection, mais beaucoup de ses membres sont encore sans travail, ou travaillent dans des emplois poubelles plus humiliants qu’autre chose, qui ont remplacé leurs anciens emplois perdus dans la vieille économie réelle. Le pire est à venir sur le chemin de 2017. Le leur est une vraie crise existentielle.

Même dans les circonstances les plus favorables, un programme de relance ne sortirait probablement pas du Congrès avant plusieurs mois dans une année 2017 déjà bien entamée, et je doute même personnellement que cela se passera tout court. Les très heureux retraités branchés sur leurs pensions représentent un autre problème potentiel. Les caisses de retraite sont en train de disparaître dans tout le pays devant l’incapacité de rester solvables dans un environnement proche du ZIRP. En 2016, des fissures ont commencé à se produire dans des endroits comme la police de Dallas et le fonds de pension des pompiers, lorsque les remboursements des retraités ont été fermés. Il y a des fonds de pension partout dans le pays qui se débattent dans les mêmes conditions, puisque la Fed a pris le « fixe » du « revenu fixe ». En l’absence de « rendement » décent, les fonds de pension ont été regroupés dans des marchés boursiers risqués. Si ces marchés explosent, les caisses de retraite vont être soufflées avec eux… puis la vie des retraités va exploser… Et alors peut-être l’ordre civil va se dissoudre dans tout le pays.

C’est peut-être le moment où le président Trump et son cabinet militarisé vont choisir la loi martiale. Quel putain de gâchis ! Il n’y a pas un pays civilisé sur la terre avec autant d’armes légères par habitant que les États-Unis, et malgré l’apparition effrayante de forces de police militarisées, vous ne pouvez pas sous-estimer combien de coups montés mortels un petit nombre de personnes allumées peut faire avec des fusils automatiques, des grenades à propulsion, des explosifs en plastique Semtex et autres trucs amusants. Cela pourrait facilement se transformer littéralement en une guerre contre les banquiers et Wall Street en particulier, surtout si Ice-Nine entre en vigueur. Gardez à l’esprit que beaucoup de vétérans des guerres interminables au Moyen-Orient appartiennent à cette classe économique en souffrance, et ils ont effectivement une certaine formation dans les arts guerriers.

Leurs homologues politiques de l’élite côtière progressiste démocrate, Hillary la hardcore, la foule des Politiquement Corrects cocufiés passent, selon la théorie de Kubler-Ross, par les étapes de la prise de conscience, du déni post-électoral à la colère. Les deux parties sont donc très en colère et préparées pour le conflit. La gauche fera certainement tout son possible pour s’opposer à Trump et essayer de le dépeindre le plus mal possible, que ce soit dans l’intérêt du public de le faire ou non. Ils jetteront tous les grains de sable possibles dans le mécanisme de gouvernance, jusqu’à et y compris la hiérarchie de la Réserve fédérale (principalement pondérée par le Parti démocrate), dont le taux d’intérêt « remonté point par point » pourrait vraiment être un complot pour se venger de Trump. Bien sûr, cela va probablement leur exploser au visage puisque proportionnellement les élites côtières possèdent beaucoup plus d’actions que les Trumpenlumpenprole red-staters [Littéralement le lumpenprolétariat acquis à Trump vivant dans les États rouges, comprendre républicains, NdT], et ils pourraient être anéantis par une chute significative des marchés déclenchée par la hausse des taux d’intérêt. Mais c’est une vérité de la rage politique : c’est l’opposé du rationnel.

Il n’y a aucun signe que les « progressistes » démocrates aient reconnu que leur politique identitaire toxique a joué un rôle significatif dans leur défaite électorale. Ils n’abandonneront pas cet effort en 2017. Ils vont même redoubler d’efforts. Et comme cela s’est déjà produit, le Parti démocrate va suivre le chemin des whigs en 1856 – avec un long gémissement, pas un bang. Dieu sait qui ou quoi les remplacera comme opposition crédible au crypto-républicanisme trumpiste, bien que Trump lui-même ait aussi une bonne chance de conduire ce parti vers l’oubli, si ma prévision d’une grande explosion financière vient à se réaliser.
L’action de la garde rouge sur les campus va pouvoir se poursuivre, mais il est difficile d’imaginer ces Tanguy se vantant de leurs pitreries infantiles de 2016. Ce qu’ils démontrent maintenant, c’est que la politique identitaire coercitive est juste une nouvelle forme de loisirs sur le campus, comme une partie de frisbee ou des pintes de bière pour les plus anciens ! Amusez-vous à détruire les carrières du corps professoral et à vous prélasser sur Facebook ! Quelques personnes silencieuses de toutes les tendances politiques sont malades de leurs attaques visant à les censurer, de persécutions téméraires et d’insultes à la réalité – telles que la rééducation obligatoire des « privilégiés blancs » et les croisades sur les pronoms personnels liés au genre. Je prédis qu’il y aura une révolte parmi les universitaires et les conseils d’administration contre les présidents de collèges et les doyens qui se complaisent dans l’hystérie maoïste, comme un dommage à l’enseignement supérieur et, plus généralement, à la liberté intellectuelle qui se manifeste enfin par la baisse des inscriptions et la perte du financement public.

Il y a tous les signes que les conflits raciaux entre Noirs et Blancs vont s’aggraver dans l’année à venir. La semaine après Noël 2016 a vu un nombre impressionnant de rassemblements massifs d’adolescents noirs dans des centres commerciaux de tout le pays. Pendant des années, les médias ont relayé sans faille l’histoire hyperbolique que des hommes noirs innocents étaient tués par la police sans aucune raison – alors que la majorité écrasante des cas impliquait des victimes brandissant des fusils ou affichaient grossièrement une mauvaise conduite susceptible de les mettre dans une mauvaise posture. La victimologie règne toujours en Amérique. C’est un mécanisme de défense psychologique qui soulage de la honte et de l’anxiété des « progressistes » démocrates à l’issue de la longue campagne de défense des droits civiques, à savoir la désintégration de la famille noire, l’échec scolaire et un taux choquant de meurtres entre Noirs. Une industrie de griefs subsidiaires, récemment dirigée par Black Lives Matter, attise les flammes de la vengeance contre le méchant universel, le petit Blanc, dont le « privilège » empêche l’épanouissement des autres (sauf, remarquez, les migrants de Chine, de Corée, du Vietnam, de l’Inde et d’autres endroits où le Blanc est absent).

Donc, maintenant que ce soit à gauche ou à droite, les deux camps grondent de colère. Cela signifie aussi que vous avez deux groupes antagonistes qui pourraient se donner la permission de devenir violents pour justifier leurs griefs. Si les marchés financiers coulent et que l’économie tombe en chute libre, il est facile d’imaginer le potentiel de conflits violents entre les « progressistes » démocrates avec leurs proxys, les Black Lives Matter contre les Trumpenlumpenproles. Ce serait une terrible distraction tragique pour l’entreprise de réparer le bien commun, l’économie et la culture commune – mais il en va ainsi de la guerre civile.

Le dilemme du pétrole

Les rapports sur la mort du PeakOil sont exagérés, pour emprunter une blague de M. Twain. Il s’agit simplement d’une méthode pour bon nombre d’entre nous qui ne l’avaient pas anticipée et qui est toujours au cœur de notre situation économique, à savoir que vous ne pouvez pas rationaliser un taux annuel de croissance de la dette de 8% si votre taux de croissance économique réel est de moins de 4% (pour paraphraser Chris Martenson de Peak Prosperity.com).

Nous n’avons pas manqué de pétrole, mais nous avons manqué de pétrole rationnellement économique à sortir du sol. Le soi-disant « miracle du pétrole de schiste » a prolongé l’âge du pétrole de quelques années par des ficelles financières payées par la dette. Oui, nous avons fait monter la production de pétrole aux États-Unis, presque jusqu’à la production maximale de 1970, autour de 10 millions de barils par jour (b / j). Le problème, c’est que les entreprises qui le produisaient ne faisaient pas un cent de marge dans le processus. Elles ont juste couru très vite pour devancer une quantité énorme de dette à refinancer, pour poursuivre le projet du schiste. La course poursuite a commencé en 2006, car 1) l’histoire du PeakOil effrayait les gens, y compris les gens de l’industrie pétrolière, et 2) le prix du pétrole brut a grimpé après 2004 et le schiste a semblé être une entreprise potentiellement gagnante. L’exploration conventionnelle au cours des dernières années n’a presque pas bougé.


À partir de 2004, le prix du pétrole a grimpé en partant de 40 dollars le baril jusqu’en 2008, année où il a atteint un sommet d’environ 140 dollars. Ensuite, bien sûr, le prix a chuté catastrophiquement pendant un an, avec Wall Street et l’économie. Mais, à ce moment-là, l’industrie de fracturation hydraulique a été boostée par l’exploitation des champs du Bakken dans le Dakota du Nord et ceux d’Eagle Ford dans le Texas. De plus l’industrie a appris quelques nouveaux trucs pour mieux exploiter le pétrole extrait de cette roche mère. Ils étaient alors très confiants, en dépit de la chute des prix. Puis, en 2009, le prix du pétrole a brusquement augmenté à nouveau – avec les plans ZIRP et QE de la banque centrale et d’autres manœuvres encore pour soutenir l’économie avec plus de dettes à des taux d’intérêt plus bas. Et le prix du pétrole a grimpé et grimpé de nouveau vers des niveaux de plus de 110 $ en 2011, jusqu’en 2015, quand les prix ont fortement baissé à nouveau.

Bien sûr, la plupart des producteurs ne gagnaient pas d’argent, même à 110 $ le baril, mais ils s’attendaient à ce que les progrès technologiques atténuent cette situation. En attendant, ils ont seulement produit trop de pétrole de schiste et le marché a été inondé. L’OPEP en a pris acte et a aussi pompé tout en essayant de faire baisser le prix pour mettre les producteurs de schistes américains sur la paille. Du coup personne n’a plus fait un centime dans le business de la fracturation hydraulique. Donc, vous pouvez voir ici qu’il y a un modèle.

Le modèle décrit très bien la dynamique avancée par Joseph Tainter dans son travail précurseur, L’effondrement des sociétés complexes : à savoir que les surinvestissements dans la complexité conduisent à des rendements décroissants. C’est-à-dire, que si vous continuez à rendre vos systèmes ultra-hyper-complexes, vous obtenez moins de valeur en retour pour le prolonger, jusqu’à ce que vous arriviez au point où il n’y a plus aucun avantage du tout, et où le système implose. Et c’est exactement ce qui s’est passé avec le pétrole et l’économie qui a été conçue pour fonctionner autour de cette énergie. Cela affecte aussi le système financier, qui a évolué pour gérer la richesse produite.

D’autres choses se sont passé ces dernières années sur la scène pétrolière. Les compagnies pétrolières américaines ont abandonné le forage dans l’arctique. Les sables bitumineux du Canada ont fait faillite. Le renversement de Mouammar Kadhafi a étouffé la production libyenne, qui a été compensée par l’Iran revenant sur le marché international, qui a lui-même été compensé par des méfaits politiques au Nigeria qui ont étouffé la production de ce pays, qui a aussitôt été compensée par l’augmentation de la production irakienne, compensée elle par l’effondrement du Venezuela. La plupart des producteurs mondiaux de pétrole étaient de toute façon en déclin.

Ne vous laissez pas berner. Les prix bas aux pompes à essence signifient seulement que les compagnies pétrolières américaines sont en panne, tout comme les « consommateurs » américains. Il y a une équation de base que j’ai répétée quelques fois sur ce blog : du pétrole à plus de 75 dollars détruit les économies industrielles ; le pétrole à moins de 75 $ le baril détruit les compagnies pétrolières. C’est le cas lorsque le rendement énergétique de l’investissement tombe à 5 pour 1, comme c’est le cas pour le pétrole de schiste. Steve St. Angelo dans le rapport SRSRocco fait l’excellente analyse qu’il faut au moins un rendement énergétique sur l’investissement de 30 à 1 pour maintenir la vie moderne telle quelle est. Si on est en dessous, des parties de l’économie doivent être sacrifiées. Transport routier, voyage aérien, déplacements, vacances à thème, votre travail… C’est simplement une autre façon de décrire les effets pernicieux des rendements décroissants des surinvestissements dans la complexité.

À l’automne 2016, les membres de l’OPEP ont tenté à nouveau de s’entendre sur une limite de production de pétrole, comme ils l’ont souvent fait. Chaque fois, ils ont tous réussi à tricher afin de vendre des volumes plus importants de pétrole pour se faire plus d’argent à court terme – une histoire classique de Tragédie des Communs. Par conséquent, le prix du pétrole est monté à environ 53 $ le baril à Noël 2016. Ne vous attendez pas à ce que cela dure. À moins que, bien sûr, il n’y ait un événement géopolitique quelque part sur la scène pétrolière, très probablement au Moyen-Orient, bien que l’économie vénézuélienne s’approche de l’effondrement total. La prévision est ici que les prix du pétrole vont suivre les marchés boursiers à la baisse au premier trimestre de 2017. Beaucoup d’obligations pourries des entreprises pétrolières vont faire défaut en conséquence, conduisant à une crise générale de l’investissement dans le pétrole de schiste.

Pensées vagues sur la géopolitique

Alors que j’écris, juste avant la Saint-Sylvestre, le président Obama essaie de lancer la Troisième Guerre mondiale avec la Russie comme un cadeau de démission à la population qui a voté. Je suis parmi les sceptiques qui pensent que l’« histoire du piratage des élections par la Russie » est une ruse pour détourner l’attention du public sur l’échec stupéfiant du Parti démocrate, incapable de gagner comme prévu. Au lieu de cela, WikiLeaks devrait remporter le Prix Pulitzer pour avoir révélé tant de choses sur les travaux néfastes de la Fondation Clinton et le Comité national du Parti Démocrate.

Les lecteurs ordinaires savent que je n’ai pas voté pour Trump, que j’ai accumulé des griefs considérables sur lui dans mes commentaires de campagne. Mais je ne me suis pas réconforté avec l’idée d’être « mieux avec le diable que vous connaissez (Hillary) qu’avec celui que vous ne connaissez pas (Trump) ». Les deux candidats étaient horribles et l’état du pays est lamentable alors que nous tournons la page vers 2017. Les lecteurs savent aussi par mes commentaires et mes livres que je prévois que nous devrons opérer de grands changements dans nos arrangements actuels à l’avenir tandis que la fête techno-industrielle arrive à sa fin. Je ne répéterai pas les détails ici, mais 2017 est une année charnière pour cela. Les tensions sur la finance mondiale sont tellement spectaculaires que quelque chose va se passer. Le président Trump sera certainement submergé par des dislocations épiques sur les marchés, les devises, les dettes et les efforts défaillants de la banque centrale pour freiner la marée d’un « reset » nécessaire – un remaniement qui fera disparaître beaucoup de richesse et sera l’occasion de beaucoup de douleurs infligées à ceux qui perdront leur richesse, y compris des sociétés entières.

Nous avons trois grandes élections européennes à anticiper en 2017 : les Pays-Bas et la France au printemps, et l’Allemagne à l’automne. Geert Wilders (un membre du club Trump des mal peignés), est virulent contre l’islamisation de son pays. Il a déjà fait campagne pour quitter l’Union européenne et pour le retour à la vieille monnaie, le florin. Si Marine Le Pen de l’aile droite gagne en France, l’expérience de l’UE finira probablement – elle a fait des promesses expresses de sortir la France de l’UE. Angela Merkel est devenue impopulaire en ouvrant les portes à un flot d’immigrants fuyant les zones en décomposition du Moyen-Orient et de l’Afrique. Et puis, à cause de l’accord de Schengen (libre passage à travers les frontières de l’UE), les flots de migrants ont été déchaînés sur le reste de l’Europe.

Ceux d’entre nous qui font attention peuvent avoir facilement perdu le compte des atrocités de terreur perpétrées à travers l’Europe par les fanatiques islamiques. Charlie Hebdo, Bataclan, l’attaque par camion le jour de la fête nationale à Nice, l’aéroport de Bruxelles, le Marché de Noël de Berlin ont été les plus récents et les plus spectaculaires. Pendant des années, des individus ont été poignardés, ont eu la tête coupée, la gorge tranchée, ont été tués, mitraillés. Jetez un coup d’œil à cette liste complète qui remonte à 2001. Vous serrez étonné. Dans cette optique, il est assez difficile de continuer à brandir la bannière de la « diversité » et je sens que l’Europe en a assez. Une grande question est de savoir si les nouveaux dirigeants européens de droite vont effectivement aller jusqu’à la déportation massive [remigration, NdT]. Je pense qu’ils vont le faire.

Le vote britannique du Brexit a été une totale surprise. (J’ai tapé en voiture un cerf à queue blanche sur la route du Maine vers Turnpike à 70 miles à l’heure ce matin de juin, ahhh, et j’ai survécu pour en parler.) Maintenant, il y a une petite chance que le Parlement trouve un moyen d’empêcher le Brexit. Des bruits émanent également de Bruxelles pour dire que l’UE pourrait assouplir certaines de ses règles – par exemple l’accord de Schengen – pour inciter la Grande-Bretagne à rester dans l’UE. Mais il y a tellement d’autres fissures et de fragilités dans ce système que le Brexit n’importe plus. Le système bancaire européen est en train de fondre et il n’y a absolument aucun moyen de le sauver à l’échelle macro-européenne. L’Italie se dirigeait vers une crise bancaire avant Noël. La Deutsche Bank tourne autour du drain depuis quelques années. Quand les marchés américains et les banques frémiront en 2017, l’Europe en aura des vapeurs. Par conséquent, je prévois la dissolution de l’UE à cette même époque l’année prochaine.

Nous sommes arrivés au col où « tout ce qui est solide se délite dans l’air », dans la phrase poétique du vieux Karl Marx. Marx se référait au « spectre » du communisme qui se dressait sur la route de la société industrielle en plein essor au milieu du XIXe siècle et, en effet, cela s’est transformé en une véritable lutte mondiale au cours du siècle qui a suivi. Mais maintenant le communisme est en perte de vitesse pour le compte et nous commençons à voir ce qui se délite vraiment dans l’air : la modernité elle-même, cette machine colossale, grinçante, de destruction qui menace l’écosystème global et tous ses sous-systèmes, y compris les royaumes humains de l’argent et de la politique.

L’idée que la modernité elle-même pourrait tomber est inconcevable pour ceux qui sont esclaves de la religion du progrès, qui déclare que le monde (et la vie en elle) ne doit faire que s’améliorer chaque année. Cela devrait paraître manifestement inexact, rien que si on regarde les dommages visibles sur les paysages et les êtres vivants qui luttent pour y habiter. Le problème le plus évident de la modernité a été l’accroissement de la population humaine. La vérité est que personne ne va rien faire à ce sujet. Il n’y aura pas de politique ou de protocole, en dépit des bonnes intentions des groupes qui s’y opposent. Cela continuera… jusqu’à ce que cela s’arrête, pour paraphraser feu Herb Stein. Bien sûr, les gens ont encore des rapports sexuels dans ces conditions difficiles, de sorte que la population mondiale va stagner pendant un certain temps jusqu’à ce que nous soyons bien entrés dans la long emergency. Mais les suspects habituels, la famine, la maladie et la guerre sont encore tous là, faisant ce qu’ils ont à faire, et il ne feront que monter en puissance.

La raison pour laquelle le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord se délitent le plus visiblement est qu’ils sont géographiquement parmi les endroits les moins bien dotés pour soutenir des populations supplémentaires qui sont nées là au cours des deux cents dernières années. L’Irak, la Syrie, toute la péninsule arabique, l’Égypte, la Libye, etc. sont tous des déserts artificiellement soutenus par les avantages de la modernité : l’énergie bon marché, les engrais fabriqués à partir des énergies fossiles, l’irrigation, l’argent qui en découle et les subventions de subsistance des nations modernes plus riches en dehors de la région. Au cours des dernières années, le soutien à la vie a donné lieu à des violences mortelles imposées tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, car les sunnites et les chiites se disputent la suprématie et leurs marionnettistes du Premier Monde se sont précipités avec des bombes, des roquettes et des armes légères pour les y « aider ».

L’Irak et la Libye étaient déjà les perdants en 2016. Ils ne seront jamais politiquement stables au sens moderne. L’Égypte se dirige toujours vers le bas du drain malgré la prise du pouvoir du Général al-Sisi et de son armée. Dans tous ces endroits, le « boom des jeunes » n’a aucune perspective de gagner sa vie ou de soutenir une famille. Les jeunes gens, surtout, mettent leur énergie dans le Djihad, la révolution et la guerre civile, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire. Faire la guerre peut être excitant, mais cela ne mènera pas à un avenir meilleur parce que les avantages de la modernité sont en fin de course et qu’il n’y a rien pour les remplacer.

La Syrie est le perdant du jour. Quoi qu’elle finisse par être, sous Assad ou quelqu’un d’autre, elle ne sera pas stable de la façon dont elle l’était. Les États-Unis ont fini par armer et financer les « salafistes » sunnites parce qu’ils s’opposaient à l’Iran chiite et à son proxy régional le Hezbollah, en plus d’Assad. La Russie est finalement venue s’impliquer sur la base de la théorie selon laquelle un autre État défaillant n’est pas dans les intérêts du monde. Le président Obama a cligné des yeux après avoir dessiné son infâme « ligne dans le sable » il y a  des années et maintenant l’Amérique est trop effrayée pour agir directement. En fait, les Russes et Assad ont les meilleures chances de restaurer un semblant d’ordre, mais le soutien de l’Amérique pour les salafistes « modérés » ne manquera pas de le miner. Entre-temps, toute cette activité a déclenché une urgence démographique alors que les réfugiés fuient le pays pour l’Europe et ailleurs, créant de plus grandes tensions là où ils atterrissent. Trump pourrait arrêter le flux d’armes américaines à nos maniaques favoris en Syrie. Il peut voir l’avantage pratique de laisser la Russie être le policier sur le coup là-bas, et peut-être peut-il s’arranger avec l’intérêt concurrentiel profond entre le gazoduc russe [iranien ??, NdT] proposé pour traverser la Syrie et celui parrainé par les Américains – une dynamique sous-jacente à toutes les destructions – et faire une sorte de « deal ». Ou peut-être qu’il va seulement tout casser encore plus.

La situation s’aggravera de plus en plus en Arabie saoudite, où la croissance démographique dépasse la capacité de la production pétrolière à la financer. Leurs anciens champs de pétrole « éléphantesques » vieillissent et ils savent très bien qu’ils ne peuvent pas dépendre de la richesse pétrolière pour de nombreuses décennies à venir. Le problème, c’est qu’ils n’ont pas de remplaçant réaliste, malgré les bruits sur la création d’autres industries. La vérité est que le pays a été maudit par son pétrole. Il a augmenté sa population bien trop vite dans l’un des coins les plus inhospitaliers du globe, et il suffira d’un déclin  modeste des revenus pétroliers pour déstabiliser totalement l’endroit. Pour amortir cela, les dirigeants saoudiens planifient une introduction en Bourse des actions de Saudi Aramaco – qui était à l’origine composé de compagnies pétrolières américaines et occidentales nationalisées il y a des décennies. Cela peut leur donner quelques centaines de milliards de dollars d’avance qui ne dureront pas longtemps, considérant que presque tout le monde là-bas en « croque ».

La grande nouvelle dans ce coin du monde l’année dernière a été l’effondrement du Yémen, qui occupe une large bande sur la frontière sud de l’Arabie saoudite. Ce pays pauvre est le dernier État du Moyen-Orient et les opérations militaires saoudiennes continuent de s’y dérouler, en utilisant des avions et des armes fournis par l’Oncle Sam – juste une autre occasion d’alimenter la colère du Djihad.

Ne vous méprenez pas – comme le disent nos présidents – tous ces pays vont être renvoyés au Moyen Âge économiquement, peut-être même plus loin. Leur culture est encore essentiellement médiévale. Le point principal est que la modernité les a sur-gonflés et maintenant que la modernité est finie, ils vont soit faire plop, soit se dégonfler. Pour l’instant, un effet autre indésirable est celui du changement climatique au Moyen-orient et en Afrique du Nord. Si la tendance est plus chaude, ce n’est pas une bonne nouvelle pour une région si mal arrosée et si chaude que l’air conditionné est obligatoire pour les élites urbaines choyées. Encore une dernière fois, s’il vous plaît, éteignez les lumières.

Il y a aussi la Turquie, connue pendant des décennies sous le nom de « l’homme malade de l’Europe ». Maintenant, bien sûr, elle ne peut même pas entrer en Europe, et il est probablement trop tard pour pleurer de toute façon. Quand elle était malade, elle était au moins tranquille. On ne l’a pas entendue piper mot tout au long de la guerre froide et même avant. Mais maintenant que les pays à sa frontière sont en train de s’effondrer, les choses ont naturellement été vivifiées en Turquie. C’était, jusqu’à la Première Guerre mondiale, le siège même du califat islamique, et elle contrôlait une grande partie du territoire maintenant occupé par les nations découpées avec créativité par l’accord Sykes-Picot. La Turquie est encore une puissance dans la région, et bien arrosée, un territoire habitable et un PIB de l’ordre de la moitié de celui de l’Italie, bien qu’en diminution. Son président actuel, Recep Tayyip Erdogan, a montré des ardeurs de mégalomane ces dernières années, sans doute par crainte d’une épidémie islamique radicale si proche. Dernièrement, les extrémistes kurdes ont également lâché quelques bombes sur le pays. La Turquie a de quoi être paranoïaque et Erdogan veut changer la Constitution afin de pouvoir agir en homme fort sans un Parlement faible qui lui colle au train, l’empêchant d’agir. Il a subi un coup d’État l’été dernier et s’en est sorti avec une puissance consolidée. Mais il est capable de faire une autre grosse bêtise comme d’abattre un jet russe (2015). Pendant ce temps, la monnaie turque s’effondre. La population est de plus de 80 millions. En cas de bouleversements politiques sérieux, combien d’entre eux tenteront de s’enfuir en Europe ?

La Russie ? Elle est apparemment stable. Nous n’entendons pas la fin des plaintes à propos de « Poutine le voyou », mais en cette période de réalité altérée et de brouillard de désinformation, il est honnêtement impossible de dire quelle est la base réelle de ces affirmation. A-t-il viré certains journalistes ? C’est ce qu’ils disent. Mais, pour ne pas en venir au baroque, considérez l’impressionnante piste de cadavres laissée dans le sillage de Bill et Hillary. Cette histoire était si toxique que Google a bloqué les recherches pendant la campagne électorale. Poutine me semble, au pire, être un tsar compétent et capable, dans un pays qui aime être gouverné comme cela. C’est leur prérogative. Il est extrêmement populaire, de toute façon, et c’est l’un des miracles imprévisibles de ces derniers temps, de voir la Russie faire sa transition hors du fiasco communiste vers une société moderne assez normale, avec shopping, cinéma, tourisme, voyage et tout cela.

Le peuple russe peut considérer ces décennies comme un âge d’or. Ils ont été punis par des sanctions occidentales depuis quelques années, mais cela les a incités à promouvoir leur propre version d’un système SWIFT pour les transactions bancaires internationales et leur propre contrepartie à l’UE avec l’Union douanière eurasienne, et aussi fabriquer certains produits eux-mêmes (en remplacement des importations).
Personnellement, je pense que le mème de « l’agression russe » n’est pas né d’une réalité géopolitique réelle. Les Russes sont fustigés constamment pour avoir voulu marcher de nouveau sur les États baltes, l’Ukraine, et d’autres anciens territoires soviétiques. L’Ukraine a été transformée en objet de partage grâce à l’assistance américaine directe. (Rappelez-vous de la secrétaire d’État adjointe Victoria Nuland : « Fuck the UE ! ») L’Ukraine a été transformée en État failli. Pour autant que je puisse le dire, la dernière chose que voulait la Russie était de prendre l’Ukraine en dépendance économique. Idem pour les États baltes. Ils ont besoin de subventionner ces endroits comme ils ont besoin de se faire un trou dans la tête. L’annexion de la Crimée par la Russie en 2015 était un cas particulier, puisqu’elle faisait partie de la Russie d’une manière ou d’une autre pendant la plus grande partie des 200 dernières années, excepté la période après que Khrouchtchev l’a offerte à ses amis en Ukraine vers 1957. C’était le site des seuls ports navals en eau chaude de la Russie. Ils étaient loués à l’Ukraine avant que les États-Unis ne prennent le pays. Les habitants de Crimée ont voté pour rejoindre la Russie (pourquoi supposons-nous que ce n’était pas sincère ?).
Enfin, comme le dit le célèbre russologue Stephen Cohen, ne serait-il pas logique que les États-Unis et la Russie abandonnent toutes ces bêtises antagonistes et fassent cause commune contre la menace réelle de notre époque : le Djihad islamique ? Combien d’Occidentaux la Russie a-t-elle tué ou attaqué ces vingt dernières années par rapport aux forces du Djihad ? Les tensions en Syrie sont certes complexes, mais pourquoi les aggravons-nous alors que la Russie tente de stabiliser l’ensemble ? Peut-être que le Donald peut commencer là…

Au moment où j’écris, M. Poutine vient d’annoncer que son pays ne prendrait aucune mesure réciproque contre les diplomates américains en représailles à la punition de M. Obama pour le « piratage des élections par la Russie », qui n’a pas encore été prouvé. Personnellement, je suis impatient d’attendre trois semaines et de voir si les relations s’améliorent après le départ de M. Obama du Bureau ovale.

Enfin, il y a la Chine. Je suis parmi ceux qui croient que la Chine gère le système bancaire le plus « créatif » sur la terre verte de Dieu. Nous ne devrions pas être surpris si cela implose en 2017, et le fait d’une manière qui pourrait ébranler les fondations de l’ensemble du système bancaire. Sur cette note, j’avoue que je n’ai plus de prévisions  magiques pour l’année, et de toute façon ce bulletin est déjà assez long. Si vous avez atteint ce point, je vous félicite et j’admire énormément votre patience remarquable. Bonne chance à tous, et ne laissez pas notre président Trumpadélique vous faire baisser la tête.

James Howard Kunstler

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