jeudi 31 janvier 2019

Retour vers le futur

Article original de James Howard Kunstler, publié le 21 janvier 2019 sur le site kunstler.com
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr



Eleanor Roosevelt

« La nuit dernière, j’ai fait un rêve. Tu étais dedans et j’étais dedans avec toi… »
– Randy Newman

Comme à l’époque des suites et des prologues hollywoodiens, l’Amérique préfère recycler les vieilles idées plutôt que d’en entretenir de nouvelles, de sorte que vous pouvez voir exactement comment l’élection présidentielle de 2020 se présente comme une répétition de la grande dépression, avec Roosevelt-à-la-rescousse ! Mais cette fois, ce sera avec quelqu’un dans le rôle d’Eleanor Roosevelt en tant que directrice générale. Donald Trump, bien sûr, étant le détenteur du rôle du bouc-émissaire désigné pour toutes les erreurs financières de la dernière décennie, deviendrait un Herbert Hoover. Comme ce fut le cas à l’époque, la dépression économique dégénérera en guerre, avec peut-être pas une fin aussi heureuse pour nous que la Seconde guerre mondiale.




Il ne devrait y avoir aucun doute que la partie financière de notre histoire est embarquée sur un bateau lent voguant vers l’oubli. Le monde a fonctionné à crédit à un niveau tellement grotesque qu’il a réussi l’exploit impressionnant de ruiner l’avenir. Le nantissement de toute cette dette était la conviction qu’il y avait suffisamment de « croissance » à venir pour assurer le service de cette dette. Cette conviction s’évapore à mesure que les ventes d’automobiles chutent, que l’immobilier s’effondre et que les nations s’entrechoquent sur le front commercial et que les lignes d’approvisionnement mondiales s’étiolent. La mondialisation se défait et ce n’est pas la première fois non plus.

Comme dans le format standard des scénarios hollywoodiens, attendez-vous à un moment « tout est perdu » où le « héros » (les USA) fait face à la peur existentielle de réaliser qu’il n’y a plus de possibilité d’emprunt alors que les garanties disparaissent. Traduction : quand la Réserve fédérale découvre qu’elle ne peut pas faire une nouvelle série de « Quantitative Easing » (QE) et de ZIRP sans détruire la valeur du dollar – ce qu’elle pourrait faire de toute façon, car l’inflation monétaire est un grand avantage pour ceux qui ne peuvent pas rembourser leurs dettes, et les États-Unis sont le plus mauvais payeur de tous. Une dépression inflationniste ne sera pas la même chose que la dépression déflationniste des années 1930, mais rappelez-vous, roulement de tambour … : l’histoire ne se répète jamais exactement, elle rime. La financiarisation, comme on va le découvrir, n’était que de l’argent dont la valeur s’est évaporée. Imaginez à quel point les électeurs seront furieux.

Note : la situation de la croissance est extrêmement mal comprise dans ce pays, parce que le « miracle » du pétrole de schiste a été une cascade éblouissante. L’Amérique produit aujourd’hui plus de 12 millions de barils de pétrole par jour, soit deux millions de plus que ce que l’on croyait être le pic historique de 10 millions par jour en 1970. C’est vraiment extraordinaire. Nous sommes aujourd’hui le leader mondial de la production de pétrole, devant l’Arabie saoudite et le méchant ours russe. Ce que la plupart des Américains ne savent pas, c’est que cet exploit étonnant a été accompli avec des centaines de milliards de dollars d’argent emprunté (dette) qui ne seront jamais remboursés.

La garantie pour tout cet argent était la conviction qu’il y avait beaucoup d’argent à faire dans le pétrole de schiste. Mais l’industrie du pétrole de schiste a un flux de trésorerie négatif depuis qu’elle a commencé vers 2005. Nous avons donc démontré qu’il est possible de produire beaucoup de choses à perte pendant un certain temps, jusqu’à ce que vous ne puissiez plus le faire. Et le moment approche où il n’y aura plus de prêts pour l’industrie du pétrole de schiste et puis …, voilà, plus de pétrole de schiste. Et les États-Unis auront beaucoup moins d’« intrants » d’énergie primaire dans leur économie. Nous serons de retour en 2008. Le revirement sera rapide et choquant et le public américain se sentira escroqué. Et ayant déjà été privé de tous les autres conforts et commodités de ce qui était autrefois la vie moderne – un travail, une maison, une voiture – il sera encore plus furieux.

Entrée sur scène à ma gauche, … voici venir la première femme présidente. Faites votre choix : Kamala Harris, Elizabeth Warren, Kirsten Gillibrand – avec AOC, speaker de la Chambre ! La nouvelle « Eleanor » surpassera Franklin Roosevelt en politique économique « innovante ». Mais cette fois-ci, il ne s’agira pas d’un joyeux bataillon d’hommes musclés marchant avec des pioches et des pelles pour creuser des sentiers dans les parcs nationaux. Ce sera une orgie de collectivisation, menée par une armée de commissaires, fluides en matière de genre pour une suite américaine du film classique Cuirassé Potemkine. Madame la présidente nationalisera tout ce qui n’est pas fixé avec des vis à tête carrée. Ensuite, les procès-spectacles commenceront, d’abord avec les détestés 1% qui seront passés devant des pelotons d’exécution et ensuite on ira chercher rapidement tous les ennemis de la « justice intersectionnelle ».

Rien de tout cela ne fera des États-Unis un meilleur pays. Et puis imaginez à quel point la Russie et la Chine seront en colère quand Madame la présidente reprendra la politique d’exportation de ce nouveau bolchevisme vers d’autres pays (parce que cela fonctionne si bien). On connait, on a déjà testé, diront ces pays. Et peut-être qu’ils devront nous frapper sur la tête pour bien faire entrer le message.

Too much magic : L'Amérique désenchantée 

James Howard Kunstler

Pour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Note du traducteur

Lire l'analyse de dedefensa sur DC la folle.

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