mardi 11 avril 2017

Pour en finir avec les bombes!

Article original de James Howard Kunstler, publié le 7 Avril 2017 sur le site kunstler.com
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr 


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Fermez les yeux, tournez trois fois sur vous même et dites-moi si vous savez réellement ce qui se passe en Syrie. Il y a beaucoup de choses, à propos de l’attaque de gaz toxique, qui ne collent pas pour l’observateur occasionnel. Il y a seulement une semaine, les États-Unis énonçaient une nouvelle politique par laquelle nous serions contents que Bachar al Assad reste au pouvoir, présidant le gouvernement syrien ─ après des années de plaintes et de menaces contre lui. Apparemment, Trump en avait conclu qu’Assad était une meilleure alternative qu’un autre État défaillant de plus au Moyen-Orient, sans aucun gouvernement.


Ce changement de politique a été un sacré cadeau pour Assad, car il supprimait tout prétexte pour un subterfuge des États-Unis ou un « coup fourré » contre lui. Il était plutôt occupé à combattre une guerre civile, après tout. Contre qui ? Un mélange de forces djihadistes allant des soi-disant ISIS, à al-Qaïda et Jabhat al Nusra, un groupe spécifiquement engagé contre Assad, personnellement. Les relations d’Assad avec ISIS sont ambiguës et complexes. ISIS a utilisé la Syrie comme lieu de rassemblement pour ses opérations à côté en Irak. On a dit qu’Assad avait acheté du pétrole à ISIS. Pourtant, ISIS a participé à des actions contre Assad. En tout cas, tous les djihadistes sont sunnites, en opposition au régime d’Assad proche de l’Iran. Assad lui-même appartient à la secte alaouite de l’islam, une brindille sur la branche chiite. La Syrie dans son ensemble a une population sunnite majoritaire. Assad, et son père Hafez avant lui (président de 1971 à 2000), ont représenté cette minorité (12%) dans une zone déchirée par les passions enflammées entre sunnites et chiites.

En croyant que vous n’êtes pas complètement confus par tout cela, pourquoi Assad choisirait-il ce moment-là, seulement quelques jours après que les États-Unis lui ont accordé le droit de rester au pouvoir ─ pour faire la seule chose qui lui garantissait de mettre les États-Unis en colère, tuer beaucoup de civils, y compris des femmes et des enfants, avec des gaz toxiques ? Soit Assad est inconcevablement stupide, soit peut-être que cette attaque par gaz n’est pas exactement ce qui nous est présenté.

La Russie a affirmé que l’armée de l’air d’Assad a tenté de bombarder un dépôt de munitions « rebelles » (al-Qaïda ? al-Nusra ? ISIS ?) qui, apparemment, contenait des stocks de gaz sarin. Ni le gouvernement américain, ni les médias américains n’ont présenté d’arguments pour contrer cette hypothèse. Le New York Times a fait donner les tambours de guerre, aussi fort que possible, dans les jours qui ont suivi l’incident. Et maintenant, bien sûr, Trump a tiré pour 60 millions de dollars des missiles de croisière sur la principale base aérienne d’Assad. Les porte-parole d’Assad ont refusé d’endosser la responsabilité de l’attaque et les Russes demandent toujours des preuves concluantes par le biais du Conseil de sécurité de l’ONU.

L’incident actuel semble être ─ ou a été conçu ─ comme une reprise de l’incident au gaz d’août 2013, qui a laissé le président Barack Obama avec l’air faible et indécis, pour ne pas avoir réagi contre un Assad ayant « traversé une ligne dans le sable » contre la décence humaine. Donc, vous avez M. Trump, qui pourrait ressentir maintenant qu’il ne peut pas se permettre d’apparaître faible et indécis ─ par dessus toute autre considération, y compris la vérité sur ce qui s’est réellement passé à Khan Sheikhoun, province d’Idlib en Syrie. Alors il a bombardé un aéroport, après avoir averti les Russes d’enlever leur personnel du voisinage. Dans le cas où le monde découvrirait ce qui s’est passé effectivement à Khan Sheikhoun et que la vérité se révèle différente du récit actuel, M. Trump pourra dire : « Nous n’avons bombardé que certaines infrastructures de la Force aérienne syrienne… pas grande importance… pas de femmes ni d’enfants blessés ».

La question en suspens reste : qu’est-ce qui aurait motivé Bashar al Assad à renverser une situation très avantageuse pour lui-même, quelques jours seulement après avoir obtenu cet avantage ? Il sera intéressant de voir si une réponse crédible émerge de la salle des glaces qu’est devenue la politique américaine.

James Howard Kunstler

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