lundi 18 juin 2018

Les États-Unis sont contre le Nord Stream II en raison de l’initiative des «Trois Mers»

Article original de Andrew Korybko, publié le 1er juin 2018 sur le site Oriental Review
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

La géopolitique du Nord Stream II devient de plus en plus complexe.

Nord Steam 2 

Le deuxième gazoduc sous-marin direct entre la Russie et l’Allemagne continue de subir de fortes pressions de la part des États-Unis, qui sont totalement contre sa construction et menacent même de sanctionner ceux qui sont impliqués dans le projet. L’Allemagne est le moteur économique de l’UE et reçoit beaucoup de ressources qui alimentent ses usines de Russie, faisant ainsi de son partenariat énergétique un exemple naturel de coopération gagnant-gagnant et de confirmation des théories économiques fondamentales de l’offre et de la demande. Cela dit, c’est précisément à cause des implications politiques profondes de ce partenariat que les États-Unis s’y opposent si fortement, parce qu’ils craignent que Moscou oriente Berlin vers le monde multipolaire à long terme.



Il serait contreproductif que la Russie utilise les exportations d’énergie comme une arme comme les États-Unis le font en instillant la peur et en trompant l’Europe en lui faisant croire qu’elle est la pierre angulaire de sa politique après les différends gaziers pro-américains de l’Ukraine, au milieu des années 2000. Washington est d’avis que des relations plus étroites et plus dignes de confiance entre ces deux grandes puissances continentales rendraient plus difficile pour l’Amérique de dominer la politique étrangère de l’Allemagne. L’acte d’équilibrage subséquent de Berlin entre l’Est et l’Ouest serait préjudiciable aux conceptions unipolaires des États-Unis, dans leur être même. Il y a donc des allusions provocatrices mais entièrement trompeuses sur le fait qu’il s’agit d’un « nouveau pacte Molotov-Ribbentrop ».

three-seas-initiative-2017

Cette rhétorique est formulée car elle vise principalement à attirer un auditoire polonais qui souffre d’une paranoïa intrinsèque envers ses deux grands voisins pour des raisons historiques bien connues et tente donc d’exploiter la controverse artificielle sur le gazoduc Nord Stream II afin de remplacer l’Allemagne en tant que principal partenaire européen des États-Unis. Les intérêts de l’Amérique sont évidents car ce pays entend continuer à vendre son GNL plus coûteux sur le continent via le terminal de Świnoujście en Pologne et via d’autres réceptacles ailleurs. Les États-Unis veulent également une présence plus affirmée dans la région du projet des Trois Mers, parce qu’elle se situe juste entre l’Allemagne et la Russie.

Le projet Nord Stream II est donc une arme à double tranchant contre les États-Unis, car il réduirait ses activités GNL rentables mais fournirait en même temps un prétexte stratégique pour « légitimer » sa présence en Pologne et dans les pays baltes. Les États-Unis seraient en mesure de creuser un fossé entre la Russie et l’Allemagne à travers cet « Intermarium » dirigé par les Polonais, ce qu’ils voulaient faire depuis un moment, avec ou sans sanctions contre ce deuxième pipeline sous-marin. Cette évolution, déjà en cours mais fortement accélérée par la construction de Nord Stream II, a pour but d’entraver un rapprochement russo-allemand multidimensionnel mais pourrait, à sa manière, inciter les deux grandes puissances à aller encore plus loin.
Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 01 juin 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

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