mardi 19 juillet 2016

L’émergence de l’indépendance nord-américaine

Article original, publié le 5 juillet 2016 sur le site al fin next level
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr




« Si les États-Unis se retirent en ce moment, ils détruiront l’ordre mondial avec eux, dit-il. La seule question que j’ai à l’esprit est : partiront-ils en morceaux l’année prochaine ou cela prendra-t-il une décennie ? » – Source

Politiquement, les États-Unis sont résolus à un retrait très important. Nous sommes fatigués des guerres au Moyen-Orient. Nous ne faisons pas confiance aux Chinois. Nous ne faisons pas confiance aux Russes et nous ne voulons tout simplement pas nous en occuper.Source



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Les Américains ont toujours eu une fibre isolationniste, mais ils peuvent quand même voir que, livré à lui-même ces huit dernières années par un gouvernement étasunien largement absent et incompétent, le monde a progressé de manière particulièrement incontrôlée. La plupart des Américains aimeraient se dégager des engagements, alliances et implications à l’étranger. Comme le potentiel d’autosuffisance est plus facilement accessible à davantage de secteurs économiques, la tentation de s’en laver les mains croît toujours plus.

 
Note du traducteur

Texte à lire avec un peu de recul et parfois beaucoup. Il s'agit d'un témoignage probablement représentatif d'une certaine Amérique autocentrée, balançant entre inculture et réalisme.
 

Autosuffisance énergétique d’ici à 2018 ?
L’augmentation de la production de pétrole et de gaz naturel, parallèlement à une baisse des niveaux de consommation, permettra à l’Amérique du Nord d’être autosuffisante en matière d’énergie d’ici à 2018, selon une prévision publiée par BP (téléscripteur BP). Les États-Unis devraient être autosuffisants énergétiquement d’ici à 2021, et autosuffisants en pétrole d’ici à 2030.

… La production de gaz devrait augmenter de 53% et celle du pétrole de 37%. Il est prévu que la production nord-américaine totale atteigne 29.5 MMBOPD [millions de barils de pétrole par jour] en 2035, le niveau le plus élevé jamais atteint, et 20% de la production totale d’énergie mondiale d’ici la fin des perspectives…

… Alors que la production continue de monter en puissance, la consommation devrait rester relativement stable. La consommation totale d’énergie en Amérique du Nord ne devrait augmenter que de 6% par rapport à 34% de croissance mondiale. Le Canada et le Mexique verront leur consommation croître de 22% tandis que la demande étasunienne restera plate, croissant de 0.1% par an en 2017, avant de décliner jusqu’à la fin des perspectives.

Les Américains renoncent à commercer avec leurs partenaires outre-mer pour l’établir au Mexique et au Canada, dans le but d’accroître leur autonomie
Des centaines d’entreprises étasuniennes fabriquent des produits en Chine pour les utiliser ou les vendre aux États-Unis. Mais comme le gouvernement chinois devient plus militant et impérialiste, qu’il continue à voler la technologie et à pirater des marchandises, et comme d’autres conditions économiques de fabrication à l’étranger se détériorent en Chine, les sociétés étasuniennes retirent leur production de la Chine pour l’installer au Mexique.

Quelques bonnes raisons de renoncer à la production en Chine pour la transférer au Mexique :
  • L’expédition depuis le Mexique aux États-Unis et au Canada va plus vite et à un coût plus bas que ce n’est possible depuis la Chine.
  • Leur proximité avec les États-Unis et le Canada permet aux fabricants du Mexique d’assurer des livraisons en flux tendu en Amérique du Nord.
  • Alors que le Mexique redevient compétitif sur ses prix pour de gros volumes de production, il n’y a pas de meilleur emplacement industriel à partir duquel produire sur mesure à bas coût.
  • Être dans les mêmes fuseaux horaires permet aux concepteurs et aux ingénieurs étasuniens et canadiens de coordonner leurs activités avec les équipes de production mexicaines.
  • Le personnel étasunien et mexicain qui doit être physiquement présent dans un établissement mexicain n’a pas besoin d’obtenir un visa et de supporter seize heures de vol.
  • Outre les frais de transport, un emplacement au Mexique réduit aussi les coûts d’inventaire. À un moment donné, les entreprises qui produisent en Chine pour des consommateurs en Amérique du Nord ont des stocks importants de marchandises en transit sur la mer.
  • Il n’y a pas de droits ou de tarifs imposés sur les marchandises commercialisées entre les pays signataires de l’ALENA [Accord de libre-échange nord-américain].
  • Les Mexicains, les Canadiens et les Américains sont plus en phase et à l’aise avec la culture des uns et des autres que ce n’est le cas avec celle de la Chine.
  • On sait que les lois chinoises sur la protection de la propriété intellectuelle (PI) sont poreuses, tandis que les lois mexicaines en la matière fonctionnent de la même manière que les lois similaires aux États-Unis et au Canada.
  • De nouvelles usines surgissent le long des zones frontalières entre les États-Unis et le Mexique, les travailleurs mexicains trouvent plus facilement des emplois et les raisons économiques de l’immigration illégale aux États-Unis commencent à changer.
Avec un coût du travail qui augmente rapidement en Chine, les fabricants américains de toutes tailles regardent vers le sud, au Mexique, avec ce que les économistes décrivent comme un empressement jamais vu depuis les premières années de l’Accord de libre-échange nord-américain dans les années 1990. Depuis des villes frontières comme Tijuana, jusqu’aux plaines centrales où de nouvelles usines remplissent les terres agricoles, les travailleurs mexicains font l’objet d’une demande croissante. __ NYT
Comme l’économie étasunienne quitte de plus en plus la Chine, la vieille Europe et le Moyen-Orient, les échanges économiques et la production d’énergie se déplaceront vers l’Amérique du Nord elle-même – et pour choisir des partenaires commerciaux anglo-saxons et latino-américains. En même temps, les capacités militaires des États-Unis pourraient quitter la vieille Europe et la plus grande partie du Moyen-Orient, et porter une plus grande attention à la surveillance des menaces nucléaires venant du ciel, de la mer et de l’espace.

La Chine et la Russie sont des menaces croissantes pour l’Europe, l’Asie libre, l’Océanie et l’Amérique latine

Soumis à la bureaucratie dysfonctionnelle de l’Union européenne, les gouvernements européens et leurs économies sont handicapés par de multiples politiques contre-productives – et même suicidaires – en matière d’économie, de migration et d’énergie. La Chine a acheté le cercle intérieur russe, et la Russie a acheté de nombreux hauts responsables gouvernementaux dans l’UE et des pays européens spécifiques. La politique des pays et les alliances du grand continent eurasien deviennent un gigantesque panier de crabes. Ça risque de mal finir pour l’Europe, si les États-Unis ne sont plus présents sur zone.

Le Japon est menacé à la fois par la Chine et par la Russie. La Corée du Sud est également soumise à de multiples menaces de son voisinage. L’expansion impériale de la Chine menace l’intégrité de la plus grande partie de l’Asie du Sud-Est, d’une grande partie de l’Océanie, de l’Inde et des routes du commerce maritime de la Corée et du Japon.

Le danger provenant de la Russie et de la Chine pour l’Amérique latine est semblable à celui que court une prostituée au cerveau endommagé, qui ne peut pas distinguer ceux qui sont susceptibles de la blesser ou de la voler, de ceux qui souhaitent simplement payer pour ses services d’une manière commerciale.

L’Afrique, bien sûr, est le continent perpétuellement désespéré à l’esprit enfantin. Les dictateurs africains se fichent des souffrances qu’endurent leurs populations, tant qu’ils sont payés grassement et régulièrement.

Ajoutez les terroristes musulmans. Faut-il s’étonner que les États-Unis veuillent prendre leur retraite de gendarmes du monde ?

La population des États-Unis n’a jamais été à l’aise avec le rôle de gendarme mondial tenu par son gouvernement. Malheureusement, celui-ci est devenu trop grand et trop difficile à contrôler pour la population américaine. Obama a réinstauré une présidence impériale, en étant réélu grâce à une fraude électorale à peine déguisée dans les périphéries des grandes villes des États charnières [où aucun des deux grands partis politiques ne domine le vote, NdT].

Le mélange empoisonné fait d’un impérialisme de grande puissance, de fanatisme religieux, de prolifération nucléaire par la Corée du Nord, le Pakistan et l’Iran (tous des amis proches de la Chine et de la Russie) se combine à la vague démographique d’une population dysgénique [dysgénique : relatif à la détérioration de la qualité génétique d’une espèce, dit Wikipedia… NdT] pour faire du monde un endroit de plus en plus dystopique.

Des régions et des pays particuliers essaieront de créer des îlots de paix, de stabilité et de prospérité

Tous les gouvernements sont corrompus. Toutes les facultés universitaires sont parsemées d’idéologues qui préfèrent endoctriner leurs étudiants, que les aider à apprendre à penser par eux-mêmes. Tous les médias sont financés et exploités par des gens qui aspirent au pouvoir de façonner les pensées et les croyances des masses. Presque toutes les organisations militantes sont mues par l’avidité, une idéologie destructrice, ou les deux. Toutes les sociétés sont insulaires et à courte vue, avec des loyautés limitées et souvent perverses.

La tâche de construire des îlots de stabilité et de prospérité peut sembler sans espoir, étant donné les nombreux obstacles qui ont été autorisés à grandir. Même ainsi, les individus attentifs devraient être capables d’évaluer les tendances émergentes qui se manifestent dans diverses parties du monde. La plupart d’entre nous devront se contenter d’une liberté et de possibilités relatives – par opposition à la liberté absolue et aux possibilités illimitées, du moins pour le moment.

Merci à la rupture technologique et à la destruction créatrice, finalement tout entre en jeu

Ces 50 dernières années, la plupart des entreprises figurant sur la liste des 500 de Fortune ont disparu de notre vue pour être remplacées par de nouvelles et jeunes entreprises. Le même processus – mû par la rupture technologique et la destruction créatrice – continuera probablement dans des économies fonctionnant sur une base minimum de primauté du droit, garantissant la protection des droits de propriété, de la propriété intellectuelle et des contrats. De telles protections relevant du droit civil permettent le pluralisme et de multiples foyers de richesse et de pouvoir – tant qu’ils durent.

Des pays au pouvoir vertical comme la Chine et la Russie sont largement contrôlés par un petit nombre d’initiés puissants. Ces pays sont habituellement transformés par la révolution et/ou la désintégration. Les forces démographiques et géographiques à l’œuvre dans ces deux pays conduisent à des événements puissamment déstabilisants, susceptibles de déboucher sur leur éclatement – d’abord la Russie, ensuite la Chine.

Ces deux États impériaux dépensent des sommes exorbitantes en propagande et en espionnage, ainsi que pour financer des efforts de déstabilisation dans des pays étrangers. Ils doivent investir dans la destruction de la prospérité et de la stabilité des autres – ainsi que dans le vol à grande échelle de propriétés intellectuelles et réelles – afin de survivre comme puissances dictatoriales et impériales.

Si les États-Unis quittent l’Europe et l’Asie de l’Est, les forces impériales auront le dessus

Le prix à payer pour accroître l’isolationnisme nord-américain des États-Unis et leur autonomie est la vulnérabilité croissante de l’Europe et de l’Asie libre par rapport aux puissances verticales impérialistes. Il n’y a rien à faire. L’Europe et l’Asie libre devront de plus en plus se débrouiller elles-mêmes au cours du temps. Mais aucune de ces régions n’est préparée à résister à l’agressivité impériale désespérée à laquelle les nations au pouvoir vertical sont poussées – par leurs propres changements démographiques.

Et donc jusqu’à ce qu’elles se défassent, la Russie et la Chine sont susceptibles de dévaster de larges régions du monde, dans leurs tentatives désespérées de dominer à tout prix. En supposant, c’est-à-dire, que les États-Unis avancent sur la voie de l’isolement et de l’autonomie en Amérique du Nord. Ce n’est pas un résultat garanti, mais c’est en train de devenir plus possible.

Bonus:

Classement de la science et de l’innovation
L’image ci-dessus montre où l’innovation est en cours, mais elle ne distingue pas entre technologie de rupture et soutien à l’innovation. La technologie de rupture amène des discontinuités et la destruction créatrice, et la transformation des sociétés. Le soutien à l’innovation est l’amélioration progressive de produits et de concepts déjà existants.

En Chine et en Asie de l’Est, la plupart de l’innovation est du type soutien. Pour trouver une véritable technologie de rupture, il faut regarder là où les possibilités d’innovation existent déjà – sans craindre d’être emprisonné et transformé en donneur d’organe pour avoir donné votre avis.

Tout cela est d’une importance cruciale, si l’on considère la capacité de survie des civilisations, des cultures et des empires – globalement, indépendamment de si ils sont en guerre ou en paix.

Note du traducteur

Cet article ne représente bien sûr, que l'avis de l'auteur et pas celui du Saker Francophone. Il est parfois énorme d'inculture et de mépris des autres, pour ne pas dire plus. Mais sur d'autres aspects, l’isolationnisme par exemple, il est sans doute très symptomatique d'une classe moyenne américaine qui, tout en baignant dans sa propre propagande, projette ses défauts sur ses ennemis supposés, Russie et Chine, au travers de stéréotypes bien moisis. C'est un peu symbolisé par le mur de Trump.

À noter aussi, l'analyse énergétique qui est une vue de l'esprit, avec des volumes de productions délirants, au moment ou la bulle de pétrole de schiste explose. Finalement peu importe la fausseté de l'analyse, si ces tensions isolationnistes permettent de faire baisser les tensions unipolaires mondiales. Les Américains ont besoin de devenir une ou des nations normales, et de cet isolationnisme pourrait naître un vrai pays qui prendrait le temps de se construire et de créer un vrai rayonnement, après une mue nécessaire.

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