jeudi 31 décembre 2020

L’histoire médiatique la plus stupide de l’année

Article original de Gleb Kuznetsov, publié le 24 décembre 2020 sur le site Club Orlov
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr 

La fin de l’année 2020, si horrible, terrible et même atroce, approche à grands pas, ce qui en fait un bon moment pour choisir les gagnants. Et le premier candidat dans la catégorie « l’histoire médiatique la plus stupide de l’année » semble être le combat de Boris Johnson contre la souche du coronavirus VUI-202012/01, que nous appellerons VUI [Variante sous investigation, NdT] pour faire court. La liste des candidats était pourtant loin d’être courte ; 2020 a été une année faste pour les absurdités de toutes sortes. Juste quand vous pensez qu’il ne devrait pas être possible de penser à quelque chose d’encore plus absurde, quelqu’un va de l’avant et le fait. Si, au printemps de cette année, il est apparu que les Britanniques ont combattu le coronavirus à la manière de Benny Hill, leurs actions pour combattre le VUI ont atteint les sommets héroïques des Monty Python.

Et donc, qu’avons-nous ?

  1. Boris Johnson est l’un des leaders mondiaux à avoir ruiné sa cote de popularité cette année. Ses mesures anti-Covid ont été à la fois incohérentes et impopulaires. Noël est une fête importante pour la Grande-Bretagne, et Johnson l’a volée.
  2. Entre-temps, Johnson a promis d’aller au bout du Brexit d’ici la fin de l’année, sans faire de concessions, se privant ainsi de la possibilité de jouer au jeu favori des eurocrates, à savoir « signons quelque chose de temporaire, puis passons des mois à en discuter ».
  3. Le résultat du point 1 ci-dessus est que Johnson a été très sollicité pour permettre un Noël entre amis et à avec la famille au milieu de ce que l’on a gratuitement appelé « la deuxième vague », même si une augmentation des infections virales respiratoires se produit toujours dans l’hémisphère nord à cette époque de l’année en raison du froid, du temps humide et du manque de soleil.
  4. Au moment opportun, à Londres, ainsi que dans de nombreux autres pays, le nombre de résultats positifs au test Covid a commencé à augmenter. Ainsi, Londres n’est pas différente de la Tchéquie, de la Slovaquie ou de la Catalogne. Il ne se passe rien de surnaturel si vous vous souvenez que nous sommes en décembre, qui est, une fois de plus, la meilleure période de l’année pour les virus respiratoires dans l’hémisphère nord.
  5. En septembre, la liste de plusieurs centaines de souches Covid a été rejointe par une autre, notre amie la souche VUI. On l’a secoué, on l’a laissé s’installer et on l’a regardé sévèrement à contre-jour. Certains scientifiques ont essayé de prouver qu’elle était en quelque sorte intéressante, nouvelle et différente, mais ils n’ont pas réussi et l’ont tranquillement déposée sur une étagère à côté de toutes les autres souches qui, là encore, se comptent par centaines, et qui, si elles sont intéressantes, ne le sont que pour un très petit groupe d’experts es-virus respiratoires. Contrairement à la variante vison ou à la variante espagnole, la VUI n’a pas été en tête de liste des souches Covid intéressantes qui ont fait l’objet d’un battage médiatique incessant dans la presse.

Tout ce qui précède n’est qu’une introduction, pour situer le contexte de ce drame épique de la stupidité. Ce qui suit est le programme en six étapes de Johnson vers l’enfer.

Étape 1. Johnson, qui essaie d’être intelligent, décide de résoudre trois de ses plus gros problèmes d’un seul coup : sauver sa cote de popularité en chute libre, reprendre sa promesse de permettre un Noël entre amis et avec la famille et détourner l’attention de ses désastreuses négociations autour du Brexit. Ainsi, dans son discours suivant à la nation, il annonce que le gouvernement a perdu le contrôle de l’épidémie, pas par sa propre faute mais à cause d’une attaque surprise par une nouvelle souche. Améliorant la norme de preuve « hautement probable » désormais mondialement connue de Theresa May pour les affaires criminelles internationales, Johnson déclare que la nouvelle souche « pourrait être » 70 % plus « contagieuse » qu’un coronavirus d’une forme habituelle. Et c’est pourquoi Noël sera annulé et de nouvelles limitations seront imposées.

Étape 2. Le ministre de la santé Hancock (qui n’est ni médecin ni scientifique mais un bureaucrate de carrière parmi ceux qui se moquent vraiment de ce dont ils sont chargés tant que c’est gros et important) répète la thèse de Johnson mais improvise en ajoutant que puisque la nouvelle souche est si dangereuse, les mesures les plus strictes resteront en place non seulement jusqu’à Noël mais jusqu’à ce que tout le monde soit vacciné – c’est-à-dire jusqu’en mars ou avril au plus tôt. N’étant ni médecin ni scientifique, Hancock ne sait sans doute pas que la vaccination de tout le monde, y compris des jeunes en bonne santé pour lesquels le vaccin comporte plus de risques que l’exposition au virus, est un bon moyen de faire muter le virus pour contourner la réponse d’anticorps que le vaccin produit, en devenant plus virulent si nécessaire. (Dans des circonstances normales, où seules les personnes réellement à risque sont vaccinées alors que seules les personnes réellement malades sont isolées, les virus mutent vers une virulence moindre).

Étape 3. Une bureaucrate en version à couette sort en rampant du bois pour expliquer comment cette détermination a été faite. Vous voyez, dans le comté du Kent, les mesures de limitation n’ont pas fonctionné aussi bien qu’on l’espérait. Et la raison en est… notre amie la VUI. C’est, bien sûr, très scientifique. C’est-à-dire que cette dame se base sur deux « faits » : premièrement, les mesures de limitation ont fonctionné partout sauf dans le Kent ; deuxièmement, la propagation plus rapide des virus respiratoires en décembre qu’en août ou septembre ne peut s’expliquer que par les spécificités de VUI, et non par les spécificités du climat et de l’ensoleillement en décembre et les tendances générales des virus respiratoires. (Il va sans dire que ce ne sont pas du tout des faits).

Étape 4. C’est à ce stade que Johnson s’attendait à recevoir le gros lot de ce pari. Sa cote de popularité devrait monter en flèche, les eurocrates devraient avoir pitié des pauvres Britanniques et leur offrir un meilleur accord du Brexit, et les Britanniques devaient verrouiller avec gratitude leurs portes d’entrée et remercier leur gouvernement pour les soins qu’il leur a prodigués pour leur bien-être et pour avoir sauvé leur vie du redoutable virus de cette souche VUI. Mais quelque chose a mal tourné et Londres est entrée dans un des cercles de l’enfer pas très différent de celui qu’on a vu pour la dernière fois pendant le Blitz. Les vidéos des gares sont des plus amusantes. Les eurocrates, au lieu de compatir, ont décidé de « faire confiance à la science » (croyez Johnson sur parole) et de fermer toutes les liaisons de transport avec la Grande-Bretagne. D’autres pays, d’Israël à l’Arabie Saoudite, leur ont immédiatement emboîté le pas. Non pas que la souche VUI ait été confirmée dans trois pays, et pas encore confirmée dans d’autres uniquement parce que, jusqu’à présent, elle n’était tout simplement pas considérée comme intéressante. L’opposition a commencé à fustiger Johnson pour son incompétence et son incohérence, ce qui tue des gens, alors qu’un vaccin existe déjà et que tout le monde serait inévitablement sauvé du terrible virus si Johnson ne s’en était pas mêlé, évidemment.

Étape 5. Toutes sortes d’autres conséquences suscitent également beaucoup de joie. Les prix du pétrole ont chuté, entraînant avec eux les devises de nombreux pays. Les marchés boursiers ont d’abord baissé, puis se sont redressés parce que la raison est vraiment idiote et n’a aucun sens, mais des gens intelligents ont déjà gagné un peu d’argent grâce à cela. Rappelons que tout cela est arrivé parce que Johnson a jugé bon d’essayer d’améliorer sa côte en appliquant le terme « peut-être » à la supposée horreur d’une souche virale dont on sait qu’elle n’est ni nouvelle ni différente depuis septembre.

Étape 6. Dans ce théâtre absurde, les développeurs de vaccins anti-Covid annoncent fièrement que leurs produits « aideront » aussi contre la souche VUI. Il serait plus correct de dire que leurs vaccins feront exactement la même chose pour la souche VUI que pour les autres centaines de souches. La question de savoir si cela va être utile ou non fait l’objet d’une discussion distincte et très longue.

Cette histoire n’a pas de morale. Il ne reste que l’espoir, l’espoir que l’histoire intitulée « Le premier ministre britannique trouve une souche virale ancienne et commune dans le Kent et l’exploite intelligemment à des fins politiques » reste l’histoire médiatique la plus idiote de 2020. Mais à sept longs jours de la fin, cela pourrait ne pas être certain, alors restons vigilants pour éviter toute surprise de dernière minute.

Gleb Kuznetsov

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